Grand Hôpital : concertation en réanimation

Après la vraie-fausse enquête publique dans le cadre d’un « PIG » (Projet d’Intérêt Général », cochonnerie anti-démocratique et procédure obscure imposant la volonté de l’Etat, nouvel épisode aujourd’hui de la « concertation » sur le « Grand Hôpital » … ou plutôt de la « post concertation »[1] (sic !) avec « un nouveau temps d’échanges et d’informations » très significatif ce 5 novembre 2020. Une « concertation », plus distanciée encore pour cause de Covid et proche de la caricature en termes de démocratie. Il va sans dire : avec une forte contestation du projet par le public[2].

Objectif (toujours le même) : faire atterrir coûte que coûte l’Hôpital Grand Paris Nord et son campus universitaire, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, dans le centre ville de Saint-Ouen. Un hôpital sensé regrouper en un même lieu Bichat (Paris 18ème) et Beaujon (Clichy). Deux hôpitaux qui ensemble compteraient aujourd’hui environ 1400 lits. A l’arrivée, fusionnés à St-Ouen, difficile de comprendre exactement qu’elle sera la jauge finale.

L’AP-HP additionne des choux et des carottes avec des transferts hospitaliers de Claude Bernard ou de Fernand Widal notamment. Sans compter 150 lits nouveaux d’un « hôtel hospitalier ». Difficile de s’y retrouver puisque l’AP-HP mélange l’évolution de son projet de 2014 à 2020 en terme « capacitaire » sans donner (sur la même période) l’évolution claire du nombre de lits. Un habillage pour masquer la réalité sur un territoire élargi ?

Pour ceux qui ne comprenne pas tout, nous conseillons de lire attentivement le beau « slide » décliné par nos « sachants » avec un imbroglio de chiffres, qui confirme que rien n’est très clair sur le « capacitaire »[3].

On ne change pas une équipe qui gagne. Avec une grande modestie, la direction de l’AP-HP affirme que la crise sanitaire renforce ses orientations sur ce projet ![4]. A voir…

Un projet discutable et sur un site très controversé puisqu’il s’agit de l’implantation de « la dernière chance », ce qui explique peut-être la fébrilité des porteurs du projet qui avaient, à l’origine, posé leur dévolu sur la place Glarner. Une implantation plutôt satisfaisante mais blackboulée par l’ancien maire. Celui-ci imposera, malgré les entreprises présentes, le parc d’activités Valad rue Ardoin (vers l’incinérateur) pour dérouler du logement privé[5] sur le boulevard Victor Hugo.  Ce plan B, problématique en termes techniques et financiers, comme nous l’avions pressenti et dénoncé, sera au final abandonné en catastrophe[6] (avec une belle ardoise financière).

Ce sera donc le « plan C », appuyé par l’Etat qui verra le jour sur le site PSA à Garibaldi en cœur de ville et accélérant le départ des ouvriers encore en activité sur place.

Championne de la concertation « édredon » et purement formelle, l’AP-HP expliquera doctement à chaque fois au bon peuple que c’est le meilleur projet au meilleur endroit.

Une longue saga donc pour ce dossier assez bancal, en réalité élaboré loin des populations concernées et invitées par l’AP-HP à moins d’ingratitude.  L’idée d’une meilleure insertion urbaine avec une inversion des fonctions : l’hôpital côté Victor Hugo, le CHU côté Gabriel Péri, a fait l’objet d’un rejet méprisant avec beaucoup d’arguties[7].  On se souviendra également avec émotion de l’enquête publique en mairie où le dossier d’enquête, consultable par le public, fut oublié dans un tiroir. Un détail qui ne bouleversa pas le Préfet ni le maire de l’époque. Sans oublier le rapport au vitriol des garants du débat public qui donneront leurs démissions !

Pour les curieux se reporter à nos articles sur ce blog *** pour informer régulièrement nos concitoyens depuis janvier 2016. Le « Grand Hôpital » : un sujet sensible qui a mobilisé diverses forces politiques de Gauche au sein du collectif « Pas là, pas ça, pas comme ça »[8] dont d’ailleurs plusieurs membres sont désormais élus au Conseil municipal[9]. Au cœur de ce collectif la défense du service public et une autre conception de l’hôpital.

Comme l’a rappelé, fort à propos, un membre de ce collectif (élu de l’opposition municipale « A Gauche ») : le Président de la République, le Président du Conseil Départemental du 93, le nouveau maire de St-Ouen se sont prononcé clairement (ndlr : depuis la crise sanitaire) contre la fermeture d’hôpitaux et/ou la baisse du nombre de lits[10] . Dès lors, il est difficile de comprendre l’entêtement de l’AP-HP qui joue un peu à cache-cache sur l’évolution réelle du nombre de lits voire qui explique que les capacités d’accueil sont singulièrement augmentées. 

D’ailleurs, on aura noté que le Directeur du projet, lors du récent « temps d’échanges », du 5 novembre avec les citoyens, a peiné à répondre à une question simple d’un intervenant : « le projet peut-il s’arrêter ? » (comprendre : à quoi sert cette pseudo concertation ?).

Prudent, ce responsable de haut niveau s’est contenté poliment d’indiquer qu’il y avait « encore plusieurs procédures » et parlé du dossier d’utilité public et  d’une nouvelle « enquête publique »[11] et de(s) « permis de construire »[12]  Rajoutons, si on a bien compris, qu’il y aurait aussi pour la « mise en compatibilité du Plan local d’urbanisme Intercommunal (PLUI) » : une « Déclaration d’intention » [13]  ouvrant éventuellement (à la discrétion du Préfet) une concertation « préalable » (au titre du Code de l’Environnement).

Accidents, revirements, désagréments… sont donc peut-être encore à l’ordre du jour pour cet hôpital dont la livraison est maintenant annoncée, de manière optimiste, pour 2028.

Bref, « la route est droite mais la pente est forte… »[14]

Eric PEREIRA-SILVA 

[1] Pour mémoire les garants les « garants de la concertation publique » avaient produit un rapport assez désagréable et… démissionnés sans que cela émeuve outre mesure l’Etat et l’AP-HP.

[2] Un public restreint invité à s’exprimer dans le cadre d’un «webinaire » confidentiel ». Une concertation de « temps de guerre » pour un public averti. http://campus-hopital-grandparis-nord.fr/ 

[3]

[4] Le jeu de bonneteau en langage techno « Dans le cadre du plan de relance de l’investissement dans le système de santé, l’hypothèse d’accroitre le nombre de lits projetés, mais en restant dans la parcelle prévue et les gabarits souhaités, a été validée dans son principe et son mode de financement par une décision interministérielle, le 22 septembre 2020. Cet aménagement du projet reste limité (autour de 10% du volume capacitaire) et ne modifie pas la structure du programme ni la nature des activités ni le choix des disciplines prévues. Ce redimensionnement capacitaire, ainsi que le potentiel de flexibilité et d’évolutivité du projet, ont fait l’objet d’une demande de compléments de réponses aux quatre candidats du concours d’architecture pour l’hôpital, dont l’analyse est en cours »..

[5] Du logement privé de « standing » style néo hausmanien de pacotille.

[6] Malgré les grandes réticences de l’AP-HP et après avoir « cramé » un petit million d’euros nous dit-on, avec la dénonciation des baux des entreprises du Parc d’activités sacrifié sur l’autel de la médecine rue Ardoin.

[7] L’AP-HP n’ayant pas envisagé l’inversion fut contrainte par le garant du débat public de mener une étude. Elle mit alors toute son énergie à contrer ce scenario avec une foule d’arguties. Le plus savoureux étant le risque de la crue millénaire de la Seine au niveau de l’actuel site Conforama. Une crue qui ne l’avait pas préoccupé pour ses sites initiaux place Glarner (plan A) ou mieux rue Ardoin  (plan B) très proche de la Seine. !

[8] Collectif allant du PCF à la France Insoumise en passant par EE-LV, Génération.s, Les groupes d’élus municipaux Avenir Saint-Ouen et Tous unis pour St-Ouen, Citoyens Solidaires et Soigne ta Gauche .

[9] Dont des membres de la majorité actuelle alors que le nouveau maire (PS) alors proche de Bruno Le Roux s’affichait hier ostensiblement comme un partisan du nouvel hôpital à St-Ouen.

[10] Denis Vemclefs (élu par alleurs du groupe « A Gauche ») rappelant différentes déclarations :

Emmanuel Macron discours du 12 mars 2020 : “il ne doit plus y avoir aucune fermeture d’hôpital” (…) La santé n’a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour prendre en charge les malades. Quoi qu’il en coûte!” (il faut) “tirer les leçons ” et ” interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies” (..) “Ce que révèle cette pandémie, c’est que la santé gratuite, sans conditions de revenus…notre Etat-providence, ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux” (qu’il n’était plus possible de) “déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner…aux lois du marché!”.

Stéphane Troussel (Président du CD93) Le Parisien du  du 27 avril 2020: ” oui au grand hôpital,

dès lors qu’il permettra d’avoir plus de lits en Seine-Saint-Denis et en Île-de-France dans son ensemble.” (et) ” en finir avec les logiques comptables qui ont trop longtemps guidé l’hôpital public. “

Karim Bouamrane (candidat à la mairie de St-Ouen) Le Parisien du 27 avril 2020 ” Emmanuel Macron annonce une politique de relance d’investissement public? Alors voyons s’il est possible de rénover l’existant tout en mettant le paquet sur la qualité de ce futur hôpital. Et construisons un grand pôle santé du nord parisien avec Beaujon, Bichat et Saint-Ouen.”

Karim Bouamrane (Maire de St-Ouen) lors du conseil municipal du 29 septembre Il ne doit pas y avoir de perte en nombre de lits…et non Bichat ne va pas fermer !”

[11] Une nouvelle enquête publique a priori dans le cadre de d’une Déclaration d’Utilité Publique (DUP) permettant de sécuriser la libération du foncier.

 « Exercice du droit d’initiative » : Afin d’assurer l’effectivité des droits du public, il est rappelé le cadre juridique applicable à l’exercice du droit d’initiative, en vertu des articles L 121-17 et suivants du code de l’environnement : La publication de la présente déclaration d’intention ouvre un délai de quatre mois aux personnes visées au I de l’article L. 121-19 du code de l’environnement, pour solliciter auprès du Préfet l’organisation d’une concertation préalable dans les conditions prévues par les articles L. 121-16 et L. 121-16-1 du code de l’environnement. Le Préfet apprécie la recevabilité de la demande, notamment au regard du territoire susceptible d’être affecté par la mise en compatibilité du Plan local d’urbanisme et ce compte tenu de ses principaux impacts environnementaux et de ses retombées socio-économiques.

[12] Un permis de construire peut-être obtenu (cad : accordé par le Maire), mais les tiers (des riverains par exemple ou des associations) ont 2 mois pour faire d’éventuels recours devant le Tribunal Administratif) d’où des délais voire dans certains cas (rares) un retour à la case départ.

[13] http://campus-hopital-grandparis-nord.fr/campus-hospitalo-universitaire-grand-paris-nord-declaration-dintention/

 http://blogs.aphp.fr/wp-content/blogs.dir/214/files/2020/11/2020-10-30-Declaration-dintention-CHUGPN.pdf

[14] Pour mémoire une célèbre formule de Jean-Pierre Raffarin devant l’Assemblée nationale le 3/07/2002.

***

HOPITAL GRAND PARIS NORD à Saint-Ouen

13 Articles publiés sur le blog citoyen  www.soignetagauche.fr

12/11/2020 :  Grand Hôpital : concertation en réanimation

http://www.soignetagauche.fr/2020/11/grand-hopital-concertation-en-reanimation/

27/03/2020 : Grand Hôpital : sans garant(ie) !

http://www.soignetagauche.fr/2020/03/grand-hopital-sans-garantie/

30/05/2019 : Grand Hôpital : le début de la fin ?

http://www.soignetagauche.fr/2019/05/grand-hopital-debut-de-la-fin/

5/04/2019 : Un hôpital aux forceps ?

http://www.soignetagauche.fr/2019/04/un-hopital-aux-forceps/

20/11/2008 : Adieu PSA, bonjour les dégâts !

http://www.soignetagauche.fr/2018/11/adieu-psa-bonjour-les-degats/

1/07/2018: Un éléphant dans un magasin de porcelaine

http://www.soignetagauche.fr/2018/07/un-elephant-dans-un-magasin-de-porcelaine/

4/06/2018: L’hosto contre les prolos…

http://www.soignetagauche.fr/2018/06/lhosto-contre-les-prolos/

26/04/2018: Futur Grand Hôpital : transfert du malade ?

http://www.soignetagauche.fr/2018/04/futur-grand-hopital-transfert-du-malade/

26/01/2018 : Grand hôpital en souffrance ?

http://www.soignetagauche.fr/?s=grand+hopital+en+souffrance&submit=Recherche

8/02/2017 : Informations obligatoires et tardives

http://www.soignetagauche.fr/2017/02/informations-obligatoires-et-tardives/

7/12/2016 : Grand Hôpital : compromis en vue, financements hypothétiques

http://www.soignetagauche.fr/?s=compromis+en+vue&submit=Recherche

18/11/2016 : Grand Hôpital : premiers symptômes…

http://www.soignetagauche.fr/?s=premiers+symptomes&submit=Recherche 

25/04/2016 : Saint-Ouen en grand

http://www.soignetagauche.fr/2016/04/saint-ouen-en-grand/

31/01/2016 : Grand hôpital : vrai faux départ ?

http://www.soignetagauche.fr/2016/01/hospital/

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3 réflexions sur « Grand Hôpital : concertation en réanimation »

  1. A ne rien n’y comprendre : question nombre précis de lits ??? Une tendance quand même, l.AP visiblement adepte du proverbe chinois : moins c’est plus

  2. Si nous avons bien compris que l’ambulatoire était la nouvelle donne et que nous souhaitons (moi la première) passer le moins de temps possible dans une structure hospitalière qui nous renvoie à nos faiblesses….oui, la durée des hospitalisations diminue grâce à l’évolution des soins, néanmoins et pour en avoir longuement parlé avec une infirmière en chirurgie, l’acte de soin ne se résume pas à la technique mais doit bien sûr accompagner les patient.e .s psychologiquement et affectivement et cela prend du temps et n’est pas négociable ! Il faut donc que les comptables technocrates arrêtent leurs économies sur le dos des soins prodigués aux malades. Oui, le budget de la santé n’est pas sans fond mais la santé ne peut se réduire à un budget !

  3. ” Stéphane Troussel (Président du CD93) Le Parisien du du 27 avril 2020: ” oui au grand hôpital, dès lors qu’il permettra d’avoir plus de lits en Seine-Saint-Denis et en Île-de-France dans son ensemble.” (et) ” en finir avec les logiques comptables qui ont trop longtemps guidé l’hôpital public. “

    J’adore ces élu(e)s politiques du PS, parti qui a gouverné entre 2012 et 2017 avec François Hollande. Parti qui n’a pas changé d’un iota le plan hôpital entreprise mis en place par Bachelot sous Sarkozy.

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