Bauer : entre rêves et réalités

La nouvelle équipe municipale a, semble-t-il, à cœur que nous puissions nous exprimer sur différents aspects de l’avenir de Bauer mais je continue à penser et à dire qu’une consultation doit en amont donner le plus d’informations possibles sur le projet. Ce qui n’est pas le cas, loin s’en faut.

La présentation nous précise par contre que nous avons carte blanche : « Vous pouvez contribuer sur le projet du Stade, l’aménagement des abords, l’accès, la sécurité, l’animation du quartier, l’implantation des services de santé, les commerces et les bureaux. » C’est en effet 8 questionnaires plus ou moins courts qui nous sont proposés (avec des cases à cocher), le tout sans informations précises ou illustrations claires.

Ma première remarque est que dans les 6 identités proposées aux participants à la consultation, je ne suis que : « autre « ! En effet : ni riverain, ni supporter, ni abonné, ni commerçant, ni parent de licencié(e) du club… seulement autre, mais cette fois avec un E !  Le terme « habitant » de Saint-Ouen ou d’ailleurs ne doit pas exister dans le logiciel du concepteur de cette « consultation ». J’ai donc précisé : « intéressée par le patrimoine et les projets de ma ville » car le football n’est pas mon sport favori. Pourtant les « autres » sont l’écrasante majorité des habitants….

Sur le projet du stade : « L’objectif est de construire ensemble un stade multifonctionnel pour le quartier et répondant aux besoins du club et de la ville ». Bien, mais seules deux photos virtuelles de la façade rue du Docteur Bauer, nous laissent entrevoir la proposition initiale du groupe Réalités. Pas de plan de l’édifice, rien ne nous précise les surfaces, les hauteurs, l’emplacement des bureaux ou des commerces envisagés[1], les dessertes et accès…  Compte tenu du cahier des charges du concours, pouvons-nous penser que le projet initial va être vraiment modifié alors que des architectes et des ingénieurs ont planché pendant des mois sur un projet ? Allez soyons fous ! Pourquoi pas le futur conservatoire de musique ?! Mais je m’égare ! On nous demande seulement si un stade à l’anglaise (ndlr : rectangulaire) nous conviendrait (appréciez l’orientation de la question), un choix entre plusieurs matériaux heureusement les photos virtuelles nous montrent de la brique et du verre….

Par contre, rien sur la question énergétique des bâtiments (isolation, chauffage, installation photovoltaïque…) heureusement nos contributions peuvent enrichir ces questions succinctes. N’aurait-il pas été plus transparent de nous annoncer qu’à ce stade du calendrier, nous pouvions seulement choisir la couleur des rideaux ? En effet, le compteur tourne pour arrêter un projet réactualisé, déposer et instruire un permis de construire début 2021.

Une autre question me taraude : l’insistance du maire à vouloir que le Red Star atteigne la Ligue 1 alors qu’il annonce en conseil municipal une jauge maximale de 10 000 personnes, ce qui en zone urbaine contrainte d’ailleurs, me semble raisonnable. Mais après recherche, aucun stade accueillant des équipes évoluant en ligue 1 n’est en dessous de 11 000, la moyenne se situant plutôt autour de 30 000. Alors ce stade sera-t-il évolutif pour augmenter sa capacité d’accueil si nécessaire ? Si nous devions accueillir des équipes de Ligue 1 comme Marseille ou le PSG, faudrait-il louer le stade de France ? A ce jour, on pourrait déjà viser une montée et une stabilisation du club en Ligue 2.

Toujours dans les questions, on nous parle aussi d’un stade multifonctionnel. Mais sur quels espaces ? Il me semble que la pelouse du stade doit être préservée pour les matchs de compétition, garde-t-on le terrain d’entraînement ? La consultation ne l’évoque pas ! Et où les 600 enfants du club vont-ils pratiquer ?

Concernant l’accessibilité, même si on souhaite que Saint-Ouen évolue vers plus de mobilités douces, je doute que tous les spectateurs viennent au stade à bicyclette et si oui, où attacheraient-ils leurs 2 000 vélos en étant optimiste ? Ne rêvons pas trop, d’ici la livraison du stade, l’utilisation de la voiture sera encore massive et on peut supposer que les soirs de matchs les abords du stade seront quelque peu embouteillés et le stationnement compliqué pour les riverains. Aucun élément sur le stationnement n’est donné sur la construction de parkings ou pas, sur le site et où ? Là encore aucune indication pour formuler des remarques pertinentes dans la concertation[2].

Pour l’implantation de services de santé : « Le Stade Bauer doit être complémentaire du centre municipal de santé tout proche. » (ndlr : CMS Bauer). Excellente idée donc de développer dans ce quartier une offre complémentaire de santé mais il n’est pas précisé si elle sera municipale ou privée.

Une consultation, certes, mais cette participation citoyenne n’est-elle qu’un alibi ? Ou sinon un moyen d’occuper un peu le terrain de la communication.

Rappelons-le : le promoteur-investisseur Réalités devient propriétaire. Il achète le foncier avec des droits à construire (en m2) et verse une somme rondelette à la ville[3]. Il paie la construction et se rémunère sur la gestion de l’ensemble sur le long terme (stade, Bureaux, commerces, parkings…)[4].

Tout comme les débats et les concertations, ces exercices de démocratie directe doivent respecter des règles : accès aux informations par tous, débat qui permettent de confronter les points de vue, évaluation du protocole proposé et un choix public par les élus et les citoyens concernés.

Donc, si le contexte de cette consultation est particulier puisqu’elle aurait dû être organisée au tout début du projet en 2016, il manque au moins le dossier établi par le groupe Réalités pour que les habitants puissent s’exprimer en toute connaissance de cause.  Les éléments de la marge de manœuvre possible aujourd’hui font défaut. Tout comme, l’évaluation par un groupe de citoyens et d’élus après le 26 novembre (fin de la consultation) pour faire un retour objectif au prochain conseil municipal :  le 14 décembre !

Dominique GARCIA


[1] Faute d’indiquer des éléments de cadrage et des options déjà prises et longuement étudiées, un participant comme l’évoque Le Parisien, demande qu’on prévoie la programmation « des commerces de bouche : « poissonnerie, boucherie, charcuterie, caviste, fromagerie, etc ».. Concept du Stade-halle gourmande ? Le résultat d’une consultation sans rappel du cahier des charges.

[2] Encore une fois faute d’indiquer des éléments de cadrage et des options déjà prises et longuement étudiées, un participant demande qu’on prévoit « que la ville se dote de parkings périphériques (ndrl aux entrées de St-Ouen».) pour que les supporters ou spectateurs se rendent au stade à pied ou en transports ». On les creuse où exactement ces parkings ? C’est le tout bagnole et on finit les derniers 500 m à pied ! Si on avait un peu expliqué le projet o,n aurait peut être pas ce genre de proposition.

[3] dans le journal municipal, W. Delannoy, en août 2019, parlait à l’époque de « 25 M€ selon la taille du projet »

[4] Pour sécuriser l’exploitation du Stade avec un Club restant en Ligue 2 voire en Ligue 1, il prend une participation dans le capital du Club résident, tandis que la ville signe une convention-cadre sur l’utilisation du stade, de salle, d’équipement divers…

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2 réflexions sur « Bauer : entre rêves et réalités »

  1. Le préalable d’une réelle concertation des habitants c’est une bonne information. Précise, claire et pédagogique le tout dans un temps suffisant. Sans cacher les difficultés objectives (techniques, financières, légales).
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    On ne peut donc pas faire l’économie d’un “cadrage” synthétique du sujet (petit ou grand). Pour que chacun sache de quoi on parle et des possibilités d’amender et de proposer. Sur ce sujet vieux de 30 ans comment peut-on imaginer qu’une consultation d’une vingtaine de jours suffise ! D’autant, que les citoyens ne disposent même pas d’une synthèse du projet du groupe Réalités dont hérite la nouvelle équipe municipale et sur lequel, à juste titre, elle a choisi de travailler. La seule indication donnée, concernant une “réorientation” du projet est définie par la négative : moins de 40m de haut, moins de 15 000 places, moins de 40 000 m2 de commerce et d’activités. Les “moins” c’est bien mais on aimerait une description des “plus”du moins selon l’équipe actuelle. Ainsi, les consultés (ndlr : la population dans son ensemble) ne connaissent pas a priori (ou pas trop) le cadre.
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    1- Il n’ya jamais eu depuis des années une solution via des financements publics, on est donc (et c’est le cadre du concours de la métropole) dans un montage public – privé (pour sortir par le haut des opérations comme celle la qui sont « plantées » ou non-viables depuis des années). Ainsi, dans notre cas le promoteur-investisseur (le privé) acquiert le terrain auprès de la ville. Il finance la construction et assure la gestion de l’équipement (stade, commerces, bureaux, parkings…). Il assume le risque (dont celui d’une descente du Club et donc d’un stade vide comme au Mans par exemple).
    Nécessairement si on veut à juste titre dédensifier le projet actuel (dont hérite la nouvelle majorité), il y aura en contre partie une nouvelle négociation sur l’équilibre de l’opération notamment en terme de prix d’acquisition du terrain acheté à la ville.
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    2 – Au-delà de ces contraintes financières liées au montage juridique et financier Il est regrettable de ne pas avoir donné aux citoyens un minimum des contraintes techniques et d’insertion urbaine (accessibilité, parkings…), ou de phasage pour tenir l’objectif louable d’une livraison du stade à la mi 2024. Au lieu de cela on est parti sur une consultation décidée et conçue “d’en haut” (pour voir d’où “vient le vent” ) avec un questionnaire-sondage ou “on coche des cases” et oriente les “consultés” vers “la foire aux idées” ou des fausses-bonnes idées du type “open-bar.” C’est à dire “tout est possible”. Donc le contraire d’une réalité très contrainte et d’un calendrier serré. Cerise sur le gâteau on met aux voix les matériaux du stade : briques ou bois, acier, béton, verre ! C’est certain tout le monde est architecte ou ingénieur.
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    3 – Pour tout dire, ce n’est pas ma conception de la démocratie participative et je ne pense pas qu’en confisquant une grande partie de l’information permettent aux habitants de devenir des acteurs éclairés. Sans compte qu’une concertation « artificielle » pourrait s’avérer conte-performante avec une défiance à l’égard des élus qui l’ont initiée.
    Certes le contraste est significatif avec la précédente équipe municipale qui avait choisit de ne pas communiquer du tout et de ne jamais concerté ni même faire semblant. Mais il vaut mieux prendre le bon pli au démarrage : beaucoup communiquer, oui mais pas pour ne rien dire ou ânonner des slogans creux. Concerter, oui, mais dans une démarche sincère et efficace.
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    4 – A titre personnel, c’est ce que j’ai dit (aimablement) au Maire et à l’adjoint à l’urbanisme sur ce dossier. Suivant ce dossier depuis des années (j’étais notamment dans la commission extra-municipale pour la rénovation du stade en…1997 !). Sans être un vrai fan de foot, je suis pour travailler avec Réalités (lauréat du concours), persuadé que le projet -sous réserve d’être moins dense- est très interessant. Un pari risqué (surtout pour le promoteur et le Club) mais on ne peut continuer à attendre une solution miracle. L’histoire ne repasse pas les plats ! J’ai logiquement regretté que le projet Réalités (ndlr : que j’ai pu consulter) n’ait pas été présenté au public (même sous une forme adaptée) par l’ancienne majorité et pas non plus par la nouvelle équipe. Une frilosité regrettable.
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    5 – En dépit de la « consultation » et de sa “restitution” programmée, je plaide pour que cela puisse se faire néanmoins. Pourquoi pas un comité de suivi ? Il n’est jamais trop tard pour informer véritablement la population.
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    Éric PEREIRA SILVA

  2. Depuis le départ kb fait dans l esbrouffe. La jauge max et le moins d argent public pour un équipement d intérêt populaire (D2, féminines, formateur) et d intérêt général (stationnement, amateurs, et autres publics, animations et commerces, stationnement partagé, c’est pour moi, la morale.

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