Saint-Ouen sur scène

Tempête dans un verre d’eau, le Maire annonce dans un éditorial du « journal » municipal – avec un argumentaire très approximatif qu’il a « enfin » réussi à changer le nom de notre commune en y adjoignant un « sur Seine ». Un « C’est officiel ! » barre la « Une » avec une belle photo de la Seine pointant sur les tours de la Défense. Tout un symbole.

Rappelons que cette tragi-comédie sémantique a débuté dès 2014, au tout début du mandat de William Delannoy, avec sa décision sans concertation et sans respect des procédures d’imposer ce nouveau nom[1] (avec en prime le retour du blason du Moyen Age[2]). Le tout assorti d’explications vagues[3] ou abracadabrantesques[4] qu’il reprend aujourd’hui encore.

Il s’est employé depuis à badigeonner lourdement de « Saint-Ouen-sur-Seine » le moindre de ses propos et de ses écrits comme un signe ostentatoire de son pouvoir personnel. Agaçant, Fatigant et souvent ridicule !

Ce fait du Prince fut d’autant plus décrié que ce sont les équipes municipales précédentes qui ont initié et porté l’opération des Docks avec le déploiement de l’habitat en bord de Seine[5]. Une opération de grande ampleur, faut-il le rappeler, combattue d’arrache-pied par l’ancien opposant devenu 1er magistrat !

Certes, une référence géographique indéniable[6] mais, dans le contexte local, celle-ci semble surtout un argument offert aux commercialisateurs des programmes immobiliers en accession à la propriété. Et surtout un empressement lié à la conversion fulgurante de William Delannoy à la promotion immobilière sans entrave.

Ouf ! On ne nous confondra plus avec les deux communes « Saint-Ouen » tout court : l’une de 3 308 habitants dans le Loir-et-Cher et l’autre de 1 951 habitants dans la Somme. Nous rejoignons dès lors plus d’une trentaine de Saint-Ouen « quelque chose ». En essayant de se distinguer clairement, malgré notre dette et notre ruine (décrites sans cesse par le Maire) de la ville de… Saint-Ouen l’Aumône (95). Nous rejoignons ainsi quelques voisins aux fortunes diverses : Neuilly-sur-Seine, Asnières-sur-Seine, Epinay-sur-Seine, Pierrefitte sur Seine (où le fleuve ne coule pas)…

Après concertation et débats, il eut été plus simple (et peut-être pas très difficile) d’obtenir un consensus sur ce sujet mais visiblement le nouveau Maire avait besoin de « cliver » à peu de frais pour exister. De transgresser les procédures juridiques habituelles sur un sujet assez mineur pour donner le ton sur la suite. En 19 ans d’opposition on ne se souvient pas d’ailleurs qu’il ait évoqué un jour cette idée.

Au delà d’un coup de com’, il aurait été surtout prioritaire de mettre en œuvre – avant –l’aménagement du quai de Seine tout au long des Docks et de désenclaver l’Ile des Vannes par la passerelle piétonne, initialement programmée, depuis la rue des Bateliers[7].

C’est à dire en s’appuyant sur les citoyens de travailler sérieusement sur un consensus de tous les élus pour mobiliser des financements et des partenariats constructifs pour épouser réellement la Seine.[8]

Eric Pereira-Silva

***

[1] Un nouveau nom déployé sans légalité sur les supports de la ville et sans avoir attendu la fin des consultations obligatoires et le décret. Rappel :  après vote du conseil municipal, la ville doit solliciter l’avis du conseil général puis celui du ministère de l’Intérieur. D’après l’article L. 2111-1 du code général des collectivités territoriales, le Conseil d’Etat procède ensuite à un décret qui acte le changement de nom.

[2] Le blason des Chevaliers de l’ordre de l’étoile, ordre établi par Jean le Bon en 1350, se voulait un hommage actif au roi Arthur et à sa table ronde. Dans le manoir de Saint-Ouen est créée une maison de retraite pour les seigneurs vieux ou ruinés (histoire de Saint-Ouen par Léopold Pannier).

[3] « Notre commune a changé plusieurs fois de noms au cours des siècles », « Au début du siècle dernier Saint-Ouen sur Seine  a fait progressivement son apparition sur certains documents administratifs et il a été utilisé par l’administration des postes et de la Sncf, jusqu’à la suppression du Département de la Seine en 1968 » !!! selon W. Delannoy

Rappel : selon certains historiens, « en 683, l’évêque de Rouen Dado Audoenus (nom d’origine germanique qui devint « Ouyn » puis « Ouen », vénéré depuis sa mort comme un « saint » mourut dans la villa royale « Clipiaccium » (qui a donné « Clichy ») située de manière quasi certaine sur le site actuel de l’église du Vieux Saint-Ouen mais plus loin « « église bâtie à l’endroit supposé de sa mort »

http://perso.numericable.com/gabriel.floricich/saint-ouen/pages/y-Ouen.html

mais le site de la ville, désormais « Saint-Ouen sur Seine », situe lui Clipiaccium sur Clichy : « Saint-(Audœnus Dado, (…) sanctifié sous le nom de saint Ouen, et mort en 686, dans la villa Clippiacum, palais royal mérovingien situé vraisemblablement sur le territoire de Clichy). (…) « En sa mémoire, une chapelle fut érigée à cette époque en bord de Seine et ce qui n’était alors qu’un village prit le nom du défunt ».

http://www.saint-ouen.fr/services-infos-pratiques/culture-et-patrimoine/histoire-et-patrimoine/90-histoire-de-saint-ouen-sur-seine.html

Sur Wikipedia on indique : (« Ouen de Rouen ou « Ouan de Rouan), né en 609, mort le 24 août 686 à Clichy-la Garenne » https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Ouen

Donc ce qui est certain c’est que l’origine de la dénomination de Saint-Ouen à son emplacement d’aujourd’hui est attestée depuis le VII siècle et n’a changé qu’une seule fois brièvement (entre 1793 et 1799) pour s’appeler pendant la Révolution française « Bains sur Seine ».

Ainsi Saint-Ouen ne s’est jamais appelé « sur Seine » pas  même avant 1968 avec la disparition du Département de la Seine » !   Les documents administratifs indiquaient simplement comme sur nos cahiers d’écoliers Saint-Ouen (Seine) qui serait aujourd’hui un Saint-Ouen (Seine Saint-Denis).

Quant à l’appellation bien connue avec « sur Seine » de la Gare Godillot sur la ligne voyageurs La Plaine-Ermont, elle fut donnée en 1908 par les Chemins de fer du Nord (pour mémoire une société privée et non la SNCF).

[4] Explications abracadabrantesques parmi d’autres : « j’ai trouvé un vieux plan avec Saint-Ouen sur Seine dans mon bureau ». Un simple plan que personne n’a vu !.

[5] Longtemps seul, le village historique (aujourd’hui le Vieux Saint-Ouen) autour de l’église (toujours présente) situé en haut du coteau surplombait la Seine. Le Château du 18ème puis le puis le champ de courses et enfin les activités économiques prendront place entre le pont de Saint-Ouen et Clichy. L’industrie colonisant tout la rive du fleuve en s’appuyant sur une gare et une darse fluviales.

[6] Saint-Ouen pendant la Révolution française prendra ainsi le nom de Bains sur Seine de 1793 à 1799

[7]

Liaison avec l’éco quartier ZAC des Bords de Seine à Asnières (sur Seine !)

[8] Département, Métropole, Région, Etat etc…

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