D’une pierre deux coups…

Capture d’écran 2018-03-23 à 20.46.53*

…ou plutôt deux mauvais coups. Des trémolos dans la voix le Maire de Saint-Ouen explique sur les ondes radiophoniques[1] qu’il (je-moi-le roi) refuse de reloger des habitants dans les tours des « Boute en train », gangrénées par le trafic de drogue rendant la vie impossible aux familles qui y vivent. Pour éviter d’ « être complice de mettre des gens dans un traquenard ». Il met en cause notamment le Préfet qui y consent des attributions de son contingent (au titre de l’Etat[2]) sans pour autant assurer la sécurité et la tranquillité publique pour y vivre normalement.

Un discours un peu simpliste mais pas totalement infondé ? Le coup de gueule d’un Maire exaspéré, à juste titre, pour ses concitoyens les plus modestes ? Une façon de faire avancer le dossier de ces tours (bien mal nommées) qui échappent à ce jour à la Rénovation urbaine ?

On lui donnerait le presque le Bon Dieu sans confession !

Hélas, William Delannoy c’est celui qui a écarté l’opposition municipale des Conseils d’administration des organismes de logements sociaux de la commune (Office Hlm et Semiso) ce qui n’est pas un hasard.[3]

Contre vents et marées, c’est un des rares maires tentant depuis des mois d’échapper à la loi pour imposer l’absorption de l’ophlm par la Semiso . Comprendre : à terme maîtriser quasiment seul les attributions et trier les demandeurs sur fond de clientélisme électoral.

C’est surtout depuis son élection le Maire qui a arrêté de construire du logement social dans notre ville tout en multipliant les projets immobiliers privés quasi inaccessibles aux habitants de Saint-Ouen et en en encourageant ouvertement la spéculation immobilière.

Refuser des relogements certes problématiques mais sans proposition alternative claire pour ceux qui en ont le plus besoin, constitue une démarche qui augure mal des capacités futures de relogement dans le parc social. En particulier pour mener à bien les immenses chantiers de la rénovation urbaine qui s’esquisse pour le Vieux Saint-Ouen et à Cordon. 

L’absence d’information et de concertation des habitants se conjugue avec une grande opacité devant le Conseil municipal dont la plupart des élus découvrent les projets immobiliers du Maire par médias interposés. C’est le cas des deux tours des Boutes-en-train pour lesquelles l’opposition n’obtenait pas de réponses au Conseil sur la vacance constatée de logements. Puis la découverte par tous (via ce blog [4]) d’une opération privée projetée sans évoquer le sort des actuels locataires.[5] Et enfin (par France Bleu notamment) que, ben oui, le Maire a décidé depuis une certain temps de ne plus reloger dans ces immeubles.

En résumé : avec des effets de manche appuyés aux habitants victimes du trafic de drogue, concrètement le Maire ferme des logements sociaux et prépare une nouvelle opération spéculative dans les Puces. (cf. photo des Boute-en-train « new age » et visiblement débarrassés de leurs occupants sauf ceux ayant gagné au Loto)

S’il est beaucoup de dossiers où William Delannoy navigue à vue et sans grands succès, une chose est certaine, derrière sa gouaille populiste la frénésie immobilière va bon train avec de puissants soutiens et de lourds intérêts financiers.

Selon la « théorie du ruissellement », beaucoup de nos concitoyens, du moins ceux qui n’ont pas à se loger, peuvent penser pouvoir tirer profit de cet « embourgeoisement » programmé et revendiqué de la ville. C’est à l’évidence le calcul du Maire.

Les imprudents qui, en ordre dispersé, se disputent déjà la succession du Maire en 2020 devront donc y regarder à deux fois. Il est désormais urgent de construire, de rassembler et proposer une alternative politique crédible pour notre ville.

Eric PEREIRA-SILVA

*image du dossier de concours parue dans « Challenges »

[1] https://www.francebleu.fr/infos/societe/trafic-de-drogue-le-maire-de-saint-ouen-refuse-de-loger-de-nouveaux-locataires-dans-deux-tours-hlm-1521746658

[2] L’Etat est « réservataire » de droit au titre de financeur à hauteur de 30%.

[3] Ceci permettant de mettre en œuvre en toute discrétion un montage juridico-financier visant à une fusion de l’Ophlm et de la Semiso avec notamment comme nouvel administrateur (« personnalité qualifiée ») ancienne Conseillère générale de Levallois dont nous dit-on la fille rejoindra ensuite le cabinet du Maire de St-Ouen. Pour mémoire dans le précédent mandat l’opposition à laquelle appartenait William Delannoy, avait des sièges de plein droit aux Conseils d’administration.

[4] http://www.soignetagauche.fr/2017/11/big-bang-dans-les-puces/

[5] Heureux hasard : c’est Novaxia lauréat de l’appel à projets « Inventons la Métropole » pour acquérir et transformer Cap St-Ouen (http://www.novaxia.fr/realisations/sto-art-design-center/ qui réalise un nouveau programme de 60 logements le Cosy-Garden au 46-48 rue du Landy http://www.novaxia.fr/2015/pdf/novaxia_IMMO_2015_MD.pdf (pages 5 et 7) dont le bureau de vente avenue Gabriel Péri est dans l’ancien local de campagne de…William Delannoy.

[5 bis]  https://www.francebleu.fr/infos/societe/trafic-de-drogue-le-maire-de-saint-ouen-refuse-de-loger-de-nouveaux-locataires-dans-deux-tours-hlm-1521746658

 

 

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13 réflexions au sujet de « D’une pierre deux coups… »

  1. Le commerce de stupéfiants en Seine-Saint-Denis génère un chiffre d’affaires dépassant un milliard d’euros.

    https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/complement-d-enquete/complement-d-enquete-du-jeudi-14-septembre-2017_2362281.html

    À 52’53 » dans ce reportage de France Télévisions un cadre de la Préfecture de Seine-Saint-Denis exprime son avis sur le commerce de stupéfiants en caméra cachée «le département est clairement bénéficiaire.»

    Les habitants ont compris que la Préfecture de Seine-Saint-Denis ne luttera pas contre le trafic de cannabis, qu’elle laissera celui-ci se développer, car ce commerce rapporte de l’argent à l’État.

    Les cadres de la Préfecture de Seine-Saint-Denis n’habitent pas dans notre département. Ils n’ont rien à faire des conséquences du trafic sur la vie quotidienne de 1,6 millions séquano-dionysiens.

    La Préfecture de Seine-Saint-Denis encourage le trafic de drogues pour ramener des taxes dans les caisses de l’État. Les services de la Préfecture de Seine-Saint-Denis sont au service des dealers en fournissant à ceux-ci des Kbis avec une description bidon de l’activité.

    Deux tours situées au 10 et au 12 de la rue des Boute en Train à Saint-Ouen ont été construites en 1964. Pour y maintenir le trafic de drogues, le Préfet continue d’y attribuer des appartements aux demandeurs de logement, lesquels seront pris en otage par les dealers.

    William Delannoy a raison de refuser l’attribution de logements dans ces deux tours.Il y a peut-être une nouvelle opération immobilière cachée derrière ces refus d’attribution.

    Le scandale est que l’État français surendetté fait semblant de lutter contre le trafic de drogues alors qu’en fait il dynamise celui-ci pour obtenir des retombées fiscales. Par ce qu’il a une dette de 2200 milliards d’euros l’État français fait n’importe quoi.

    Qu’est-ce que la gentrification ?

    Si la gentrification consiste à permettre à des dizaines de milliers de jeunes parisiennes et parisiens de venir se loger en Seine-Saint-Denis alors je suis pour.

    Si la gentrification consiste à construire des immeubles de grand luxe hors de portée des classes moyennes franciliennes alors je suis contre.

    Y-a-t-il vraiment une gentrification de Saint-Ouen ? Non, notre ville reste une ville populaire.

    • @ electeur_audonien

      Attention vos propos sont très limites ! Notre démocratie très imparfaite mérite mieux.
      nous vous citons :

      « Le scandale est que l’État français surendetté fait semblant de lutter contre le trafic de drogues alors qu’en fait il dynamise celui-ci pour obtenir des retombées fiscales. Par ce qu’il a une dette de 2200 milliards d’euros l’État français fait n’importe quoi. »

      On est clairement dans une théorie complotiste à laquelle nous n’adhérons ni de près ni de loin. Ne préjugeant pas de votre votre foi nous laissons en ligne cette diatribe car elle est symbolique mais nous ne pensons pas vraiment que l’Etat laisse volontairement prospérer le trafic de drogue. Malgré tout ses inconvénients nous pensons ici, de manière assez consensuelle, que la réponse à court terme et opérationnelle est la légalisation du cannabis couplée avec la formation des jeunes le plus éloignés de l’emploi.

      Quant à la « gentrification » dans notre ville ou certians de ces quartiers :nous aspirons pour notre part ni aux bantoustans de pauvres ni aux ghettos de riches mais, comme vous, simplment à une ville populaire.

      « 

  2. @id-stg

    Si l’État français voulait lutter contre le trafic de stupéfiants en Seine-Saint-Denis il ferait immédiatement brouiller les ondes gsm dans la prison de Villepinte. L’État possède largement les moyens techniques et réglementaires de réaliser ce brouillage. Depuis vingt ans le trafic de cannabis de notre département est piloté depuis cette maison d’arrêt par téléphonie mobile.

    Le magazine Complément d’enquête de France Télévision du 14 septembre 2017 reste en ligne. En le réécoutant vous constaterez que les services de la préfecture délivrent des Kbis aux dealers en sachant pertinemment que les activités décrites dans ces documents sont bidons.

    En Seine-Saint-Denis, par lâcheté ou par intérêt, l’État donne un grand coup de main aux trafiquants de drogue.

  3. « nous ne pensons pas vraiment que l’Etat laisse volontairement prospérer le trafic de drogue. »

    Il ne fait pas grand chose pour y remédier non plus. Sans que cela relève de la théorie du complot qui est une façon de faire taire celles et ceux qui ne cadrent pas avec le discours officiel.

    « la légalisation du cannabis………………
    Ce qui permettra à l’état d’engranger des retombées fiscales non négligeables.

    ………………couplée avec la formation des jeunes le plus éloignés de l’emploi. »

    Deux remarques :
    Une formation mène t elle à l’emploi ? non
    Pourquoi ces jeunes sont ils « éloignés » de l’emploi ?

      • le PCF adore le béton et les bétonneurs-banksters adorent tous les signataires de permis de construire.

        Faut bien se développer et rémunérer les actionnaires.

          • EPS

            Aucun soucis pour arroser Willy qui dénonçait avec force la bentonisation de la ville.

            Je l’ai fait en réunion publique en décembre 2016 à la salle Barbara. Rouillon était présente. Mes propos n’ont pas été retranscris dans le CR de cette réunion dispo sur le site de la mairie.

            L’intervention d’une audonienne interpellant Willy sur le compteur Linky a subis le même sort.

            La censure n’a pas de couleur.

      • Non, bien sûr mais chaque pouvoir municipal fait des affaires immobilières juteuses. Seules les entreprises associées changent.
        Que devient « Alain Craene »(je m’excuse si j’en écorche le nom) qui avait été épinglé lors d’un précédent reportage télé pendant la précédente mandature. D’ailleurs, je crois me souvenir que Jacqueline Rouillon avait porté plainte contre les auteurs. Toutes ces plaintes comme celles pour l’OVL, on n’en connaît jamais la suite. Sont-elles retirées, aboutissent-elles?

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