Docks à la diète, démocratie en berne

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Peu avant les fêtes de fin d’année, le Conseil municipal de Saint-Ouen approuvait quasi sans débat une série de délibérations relatives à la ZAC des Docks. Au menu : modifications des programmations et baisse de 52 millions d’€ pour les équipements publics. Entre autres. Des décisions extrêmement lourdes et opaques qui engagent l’avenir d’un quart de la ville pour les 10 prochaines années. Sans information ni la moindre concertation.[1]

Pour l’heure, nous porterons donc à la connaissance du public quelques informations majeures que nous tenterons de décrypter en hasardant quelques questions.

En premier lieu, l’argent étant le nerf de la guerre et les économies la seule ambition (affichée) du nouveau Maire, nous avons repris et synthétiser les nouvelles données financières officielles de l’opération (dépenses/recettes, situation au 31/12/2014 et prévisions 2015-2025)[2] dans le tableau annexé à cet article en bas de page[3].

A l’heure d’une augmentation fulgurante des impôts locaux, on notera que la participation d’équilibre annuelle de la ville (recette) à la ZAC des Docks est néanmoins réduite d’environ -20 millions soit – 2 millions par an. Cette « économie » est rendue possible principalement par une baisse d’environ – 53 millions d’€ (entre 2015 et 2018) sur le programme des équipements publics (dépenses)[4]. Parmi les disparus on notera :

  • La maison du parc (900 m2) avec son restaurant.[5]
  • Deux équipements socioculturels[6]
  • La voie de liaison Est-Ouest (franchissement des voies ferrées vers Clichy)[7]
  • 2 200 places de parkings publics (dits « mutualisés » pour les résidents, salariés et visiteurs)[8].

A soustraire également la participation de la ville à l’aménagement des Berges de Seine (pas loin de   – 5 millions d’€) du fait – nous dit-on – du report après 2025 par le Conseil Départemental de cet investissement.[9] En clair, on ne fait pas dans la dentelle.

On a pas très bien compris par ailleurs l’absence d’augmentation des recettes issues de la « participation des constructeurs (promoteurs) qui reste étonnamment inchangées alors que la doctrine officielle municipale est de laisser monter les prix d’achat pour attirer une population un peu plus aisée et solvable. Mais n’en doutons pas c’est pour augmenter la qualité architecturale dans le style « faux riche » qu’affectionne le Maire[10].

Et pour ne citer que quelques autres points saillants, on peut noter :

un grand flou subsiste sur le programme du commerce de proximité (cahier des charges, qualité, échéancier…) qui mériterait pour le moins une information et un dialogue avec les nouveaux habitants. Surtout dans un quartier qui reste encore relativement enclavé et un peu éloigné du « cœur de ville » (avenue Gabriel Péri / Garibaldi)[11]. Quant à la baisse globale des constructibilités commerciales (-8 673 m2)[12], il faudra se contenter comme explication « (du) réajustement cohérent avec les nouveaux objectifs de la ville ». Lesquels ? A vous de chercher.

des éléments contradictoires dans les projections de circulations automobiles à terme. Ainsi le complément d’étude d’impact[13] indique sur un plan des simulations de trafic (en 2015 puis 2025) sur des rues qui n’existent pas aujourd’hui… ni demain pour certaines (notamment les franchissement des voies ferrées !)[14]. Comprenne qui peut ! Pour les partisans de la voiture individuelle ça la fout mal !

la programmation précise et les recettes attendues par îlot sont introuvables pour le commun des mortels (et pour les conseillers municipaux). Il est dés lors difficile de comprendre les enjeux financiers pour des « détails » comme l’implantation du Grand Hôpital ou celle de l’ex futur Grand Stade.

des constructions sur des projets d’élargissements d’ espaces publics comme le débouché du cours des Bateliers sur V. Hugo (dans l’axe de la Rue Ernest Renan), le débouché côté pairs du boulevard V. Hugo sur la place de la République et même sur une partie de l’actuelle rue Adrien Meslier (entre la rue Paul Lafargue et le boulevard V.Hugo !). Avec les cachotiers il est recommandé d’avoir de bons yeux ![15]

Evidemment, nous avons un regard oblique mais, de grâce, que notre nouveau Maire se méfie des conséquences de ses affirmations souvent péremptoires, de ses décisions solitaires et des documents approximatifs.

Qu’il ose donc mettre tout sur la table avec des explications claires, compréhensibles du grand public et… vérifiables. On se contentera pour notre part, et sans trop de bla-bla, de deux pages dans le journal municipal avec un tableau récapitulatif et un plan de repérage sur ce qui a changé pour le(s ) projet(s) des Docks depuis l’élection municipale de 2014.

Et surtout, qu’il commence bien sûr par informer les membres de sa propre Majorité[16], qu’il accepte des dossiers débattus en Commissions municipales avec l’Opposition, et qu’il donne réellement la parole aux citoyens et accepte un minimum de concertation.

On peut rêver…

Eric PEREIRA-SILVA

[1] Faute de travail préalable en commission comme c’est la règle habituelle dans presque toutes le communes, l’Opposition doit se contenter des 5 jours légaux avant le Conseil municipal pour découvrir un épais dossier. Pour ce Conseil de décembre ce fut à lire en un temps record les rapports de 35 délibérations dont 3 relatives à la ZAC des Docks (à elles seules 111 pages !). Quant aux élus de la Majorité « les Godillots » ils acceptent de voter comme un seul homme (le « chef ») sans trop se poser de questions.

[2] Evidemment nos champions de la bonne gestion en sont à publier in extremis en décembre 2015 l’arrêté des comptes au 31/12/2014. Dés lors les « prévisions 2015 » (!) sont largement « connues » mais le rapport ne souffle pas un mot de ce qui s’est passé réellement en 2015.

[3] Synthèse du bilan financier au 31/12/2014 + prévisions 2015-2025 approuvé le 14/12/2015 Synthèse CRAC 2014 approuvé CM dec. 2015

[4] plan équipements publics + zone non opérationnelles

Plan équipement zones non op

[5] Au profit d’une halle de la « gastronomie » côté cité du « Design » qui n’est peut-être pas pour demain.

[6] type maison ou salles de quartiers ?

[7] au niveau du « coude » de la rue de Clichy et reprenant le tracé ancestral de la rue du… Landy (!) disparue ici avec l’industrialisation.

[8] Alors que des transports « lourds » arrivent avec la ligne 14 et une restructuration du réseau de bus on revient à un système classique qui encourage la voiture individuelle en faisant porter la charge au privé (logements ou commerces).

[9] on peut en déduire que la passerelle permettant d’accéder à l’île des Vannes est, elle aussi, renvoyée aux calendes grecques. Mais curieusement elle figure toujours sur les « nouveaux » plans « approuvés ».

[10] On pense notamment au nouveau programme le long du 66-68 boulevard Victor Hugo s’affichant dans le journal municipal, de nos nouveaux amis de Bnp Paribas Immobilier avec un style « néo classique » lourd et prétentieux.

[11] Sans compter la nécessaire requalification et redynamisation du marché du Vieux Saint-Ouen en profitant d’un apport très important de population résidant dans les Docks.

[12] évolution du programme des constructions

11 évolution du programme des constructions

[13] du dossier de réalisation complémentaire n°2 de la ZAC (version 25/11/2015)

[14] Plan des espaces publics

12 espaces publics avec ?

[15] une suppression de voirie existante curieusement non prise en compte (n°3 manuscrit) dans l’étude de circulation (étude d’impact « mise à jour ») qui figure pourtant dans le même document approuvé par la Majorité au Conseil municipal.

Estimations trafic 2015/2025

12 - estimations trafic 2015:2025

Zone de grand flou sur les parkings publics et privés côté Victor Hugo.

7 plan stationnement

cf plan des constructions sur anciens espaces publics existant ou projetés. 15 zoom Victor Hugo

Pour ceux qui ont de bons yeux le “plan cameras” de la première partie des Docks

page secteurs cameras-1

[16] On aimerait ainsi comprendre qu’elle est le rôle de son Adjointe Tiziana Zumbo-Vital

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9 réflexions sur « Docks à la diète, démocratie en berne »

  1. Merci pour ces informations. Plus que dommage l’abandon des structures socio-culturelles, et effectivement bien des points regrettables, d’autres à vérifier et surveiller…

  2. Au cours de la séance du 25 janvier 2016 du Conseil Municipal, Mr Delannoy déclare : “Il faut augmenter les impôts pour que les banques vous re-prêtent, c’est pas plus compliqué que cela.”

    Depuis décembre 2011 la Banque Centrale Européenne prête massivement aux banques de la zone euro. Celles-ci croulent sous les liquidités.

    Pour que les banques vous prêtent une enième fois, il est nécessaire d’avoir un nouveau projet.

    En mars 2014, quand on arrive, sans projet, devant les banques, alors elles ne vous prêtent pas.

    Quand on a un projet clair de croissance pour sa ville, alors les banques prêtent.

    Par exemple développer le quartier des Docks et aménager les berges de Seine.

    • A Lecteur,

      Un projet de croissance pour la ville ?

      Si au lieu de bâtir 4000 logements, des arbres avaient été plantés parce que St Ouen est pauvre en espaces verts, pour offrir du cadre de vie agréable et/ou pour anticiper le réchauffement climatique avec la surchauffe en cœur d’îlot (voir lien brochure de l’ALEC Agence Locale de l’Energie et du Climat de Paline Co), aurait-ce été un projet de croissance ?
      http://alec-plaineco.org/wp-content/uploads/2014/04/ALEC_NOTE_CO2_A4.pdf

      Si demain ou après demain, le PLU (Plan Local d’Urbanisme) prévoit la démolition d’une partie ou la totalité des zones pavillonnaires pour bâtir des logements, bureaux, mégarama, centre commercial “créateur d’emploi” est-ce un projet de croissance ?

  3. Le projet de révision du PLU, qui fait actuellement l’objet d’une enquête publique, prévoit, désormais, des immeubles d’une hauteur R+15 dans le quartier des docks. Bien sûr, pour verrouiller au maximum le contrôle citoyen, cette information de “taille” ( sans mauvais jeu de mot) n’a soigneusement fait l’objet d’aucune diffusion, ni sur l’avis d’enquête publique qui tente de nous enfumer avec des informations mineures, ni dans le journal de Saint-Ouen qui consacre un encart purement factice à cette révision.

    Pour hypnotiser davantage le citoyen, le projet prévoit que ces immeubles seront érigés “ponctuellement, là où la contrainte le permet” : tout un programme qui laissera, hélas, l’arbitraire gouverner des choix urbanistiques structurants pour la ville . Etrange en tout cas de la part de ceux qui avaient combattu la hauteur actuelle des immeubles des docks, jugée trop haute. Il faut croire que certains politiques s’arrogent le droit de s’affranchir ponctuellement des règles, là où la contrainte le permet…

    • @ Lorenzaccio

      Effectivement, vous avez parfaitement raison et nous y reviendrons ici .
      Après l’enquête fort discrète de l’an passé qui conduira au délirant programme sur Wonder, une fois encore une enquête publique “en douce” avec des modifications qui sont loin d’être anodines.
      J’ai d’ailleurs indiqué sur le registre d’enquêtemmanière laconique : “une enquête fort discrète, et pour cause : l’enfer est souvent dans les détails”.

      Quant aux reniements de la Majorité chaque jour apporte son lot de surprises.

      Eric Pereira-Silva.

      • Qu’ils renient leurs promesses, malheureusement, ils ne sont ni les premiers ni les derniers mais ce qui est plus grave c’est que les Vary, Daussat et Fouquart qui étaient si prolixes sur ce site ne donnent plus une explication de leurs revirements, n’expliquent plus leurs nouvelles positions.
        Les enjeux financiers vertigineux de ces projets immobiliers leurs feraient-ils perdre la raison?

  4. Pour info :
    Samedi 6 mai 2017
    de 10h à 17h.
    Les Conférences de la Dionyversité,
    l’Université populaire de St-Denis.

    Le Général de Gaulle, survolant l’Île-de-France au début des années 1960, déclare : “La région parisienne, mais c’est le bordel, il y a ces banlieues inhumaines… Mettez-moi de l’ordre là-dedans”.
    Cette phrase est emblématique d’une conception de l’aménagement, de l’organisation de l’État et du rôle de l’acteur politique dans l’organisation de la vi(ll)e des hommes.
    les enjeux du développement (durable) urbain au travers de l’exemple des Docks de Saint-Ouen.

    Cette séance se déroulera toute la journée sur site, les étudiants se succédant toutes les 1h30 autour de 4 thèmes:
    – une introduction générale du projet et des acteurs participants,
    – le site et son accessibilité, quand la multimodalité redessine le paysage urbain,
    – les enjeux du développement durable dans ce projet : pourquoi, comment ? Finalement qu’est ce qui est “éco” dans ce quartier,
    – la dimension participative et le projet urbain. La co-construction et les éco-quartiers vont-ils (toujours) de pair ?

    Les 4 présentations seront réparties comme suit :
    – 2 présentations le matin puis pause déjeuner d’1h (pique-nique) et bilan du semestre,
    – 2 présentations l’après-midi.

    Le rendez vous est fixé : À l’angle de la rue Albert Dhalenne et quai de Seine à Saint- Ouen.

    Avec Fanny Delaunay de l’Université de Paris8.

    Participation libre et gratuite
    Une initiative de La Dionyversité, l’université populaire de St-Denis.
    En pièce jointe l’ensemble du programme du cycle (en PDF).

  5. A l’ordre du jour du prochain Conseil municipal lundi 11 décembre 2017, au point 16
    ZAC des Docks compte rendu annuel à la collectivité portant sur le déroulement et sur les comptes de l’année 2016

    http://www.saint-ouen.fr/fileadmin/user_upload/fichiers/SIP/Conseil_municipal/ODJ_20171211.pdf

    Sera-ce l’occasion de savoir pourquoi la mairie à céder la ZAC des Docks à la Métropole Grand Paris ?
    Quel intérêt ?
    Est-ce une décision seule du maire ?
    Débattue et décidée par la majorité ?
    Débattue en CM ?

    ———————————————————————————————–
    Aménagement : l’intérêt métropolitain à l’unanimité
    8 décembre 2017

    Extraits

    “Six ZAC à venir et une existante, celle des Docks de Saint-Ouen, vont relever de la métropole. Les conseillers métropolitains ont adopté, vendredi 8 décembre 2017, la délibération définissant ce partage des lignes à l’unanimité.”

    “Chaque mot compte sur ces sujets et l’équilibre sur la base duquel l’unanimité s’est établie est subtil. Ainsi, deux cas de figure se présentent. Concernant l’existant, une seule ZAC change de main, celle des Docks de Saint-Ouen, passant de la commune, qui a proposé ce transfert, à la MGP. Un transfert de maîtrise d’ouvrage dans la stabilité, puisque Sequano, l’aménageur de l’opération, pourrait le demeurer.”

    https://www.lejournaldugrandparis.fr/amenagement-metropole-adopte-linteret-communautaire-a-lunanimite/

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