Un pain dans la préemption (avec questions)*

 parisien boulangerie Paul Parisien 10 4 15 preemption PaulCapture d’écran 2015-04-19 à 19.09.22 plan des Puces 1

Grande pudeur de l’équipe municipale : il aura fallu attendre le dernier Conseil municipal pour apprendre officiellement que la préemption par la ville du 90 rue des Rosiers avait été rejetée par le Tribunal administratif. Ledit terrain, estimé à 500 000 € par les Domaines,[1] avait été préempté pour 1 million d’€  et sans projet défini par la nouvelle Majorité municipale et donc par ceux-là même qui, hier encore, hurlaient contre les « préemptions abusives » de l’ «Ancien régime»[2].

Amateurisme et désinvolture sont donc une nouvelle fois épinglés[3]. Soyons aimable, disons que c’est le métier qui rentre.

Pour mémoire, l’objectif de William Delannoy était d’empêcher « coûte que coûte »[4] l’installation d’un atelier de fabrication de boulangerie-pâtisserie de l’enseigne « Paul » (Groupe Holder) à cet endroit au motif de l’incompatibilité avec l’activité des Puces et notamment en termes de circulation automobile. En vain, pour étayer son argumentaire, il aurait même ressorti des nimbes un vieux projet de plateforme logistique datant de 2004 et abandonné par tous depuis belle lurette[5].

Au-delà de l’article du Parisien de ce 10 avril 2015, revenons dès lors sur quelques éléments obscurs de ce dossier qui pourraient expliquer cette précipitation et ces arguties qui n’ont convaincus personne. La lettre ouverte du 15/12/2014 au Conseil municipal de Francis Holder, PDG des boulangeries « Paul » (cf. c-dessous) éclaire un ps choses.

Ainsi, il est aujourd’hui confirmé qu’en réalité trois projets (liés entre eux ou objet d’un « partenariat global ») étaient sur la table de travail de l’ancien Maire Jacqueline Rouillon et de ses proches : notre atelier de fabrication rue des Rosiers mais aussi une grande boulangerie avenue Gabriel Péri (avec petite restauration) et un… « musée du pain » place de la République ![6]

La boulangerie : à quelques mètres du rayon pain de Monoprix et à deux pas d’une boulangerie au 69 Gabriel Péri, l’implantation d’une « boulangerie Paul » au 78 Gabriel Péri ne s’imposait pas comme une priorité absolue à cet endroit ni de vendre ce bien communal d’exception au pied du métro. Encore moins de se passer de l’avis de l’élu au commerce de l’époque et de ses services[7].

Au final, et après quelques déboires, un bâtiment très bien réhabilité, une enseigne plus valorisante commercialement que l’ancien café « Le Cercle » (fermé depuis des lustres), une saine concurrence face au Macdonald mais pas vraiment d’amélioration en termes de diversification du commerce de bouche. Et un local commercial stratégique passé dans les mains du privé ad vitam aeternam.

Le « Musée du pain » : hostiles au projet absurde et coûteux de transfert du Centre administratif du 6 place de la République au 11-15 rue des Rosiers, nous avions ici inlassablement posé la question de l’utilisation ultérieure du bâtiment emblématique face à l’Hôtel de ville. Une question, sans réponse officielle, faiblement relayée par le PS ou même par l’Opposition de l’époque. Du moins, pas au point d’exiger une réponse claire et précise de la part de l’ancien Maire.

Il aura fallu attendre la défaite de Jacqueline Rouillon pour découvrir cette idée sympathique mais quelque peu saugrenue d’installation d’un Musée du Pain en lieu et place dudit Centre Administratif.

Une option hypothétique d’autant plus surprenante que l’ancienne Majorité s’engageait alors financièrement dans un investissement lourd d’acquisition et de restructuration de l’ex site Valéo pour accueillir l’essentiel de l’administration communale[8]. Un projet pharaonique (engagé puis abandonné en l’état) versé dans l’argumentaire à la nouvelle équipe municipale pour justifier coupes sombres et augmentation des impôts locaux.

L’atelier de fabrication : déjà propriétaire, si l’on a bien compris du 92-94 rue des Rosiers le Groupe Holder (« Paul ») s’était porté acquéreur du n° 90 (parcelle voisine) pour réaliser un laboratoire central de boulangerie-pâtisserie et réhabiliter quelques logements destinés à son personnel. A la clef des dizaines d’emplois. Pourquoi pas ?

Malgré les acquisitions réalisées par la commune, depuis l’abandon de l’idée d’une petite base logistique[9] sur ces étroites et longues parcelles du secteur, aucun projet significatif n’a vu le jour que ce soit en terme d’habitat, d’activités pucières ou autres.

Il serait par ailleurs intéressant dans ce dossier de connaître le lien éventuel (imaginé ou non) de ce projet avec le devenir des parcelles mitoyennes propriétés de la ville et occupées par l’association Amarrage.

Contrairement a ce qui a été indiqué pour justifier de mettre 1milion d’euros sur la table, ce projet « d’atelier » ne se situe pas réellement au « cœur des Puces » mais proche d’une de ses portes d’entrée dans le secteur (cf. plan). Faute d’une maîtrise globale des stationnements et de la circulation dans les Puces, tout projet quel qu’il soit (logements, activité ou commerce) pose problème. La vingtaine de camionnettes par jour annoncée par « Paul » ne serait donc pas vraiment significative. D’autant que l’emplacement du projet, justement, permet de ne pas emprunter la rue des Rosiers dans la séquence où le flot de véhicule bute sur la Porte de Clignancourt[10].

Dans cette affaire, il conviendrait donc que l’ancien Maire Jacqueline Rouillon donne tous les éclaircissements dans ces dossiers à plusieurs tiroirs et qu’elle a directement piloté. Quant au nouveau Maire, William Delannoy, il serait bien inspiré de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain et de dépasser au plus vite la séquence déconstruction.

Matière grise, bon sens, transparence et concertation sont plus que jamais nécessaire pour construire aussi un projet ambitieux pour les Puces.

Eric PEREIRA-SILVA

 

[1] Les collectivités locales doivent, avant d’acquérir un bien, recueillir l’avis des Services fiscaux de l’Etat (France-Domaine) Pour le cas où elles ne suivent pas l’avis, la Collectivité doit délibérer.

[2] La préemption, outil d’intervention foncière des communes pour se substituer à l’acquéreur d’un bien, était utilisée comme arme de dissuasion locale pour peser sur les prix. Une politique dîtes « anti-spéculative » au succès relatif et entaché de pratiques contestables ou d’effet pervers

[3] Le Tribunal a estimé « que la décision a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière » et « que la collectivité ne justifie d’aucun projet réel sur la parcelle en cause, en méconnaissance du code de l’urbanisme », les documents communiquées ne sauraient justifier de l’actualité du projet de base logistique à la date de la décision de préemption attaquée »

[4] Peu avare, à cette occasion, des deniers de la ville le Maire revendiquait haut et fort d’avoir préempter « au prix » (ndlr : proposé par l’acquéreur) pour éviter tout recours possible.

[5] Le Tribunal a estimé que les éléments communiqués « ne sauraient justifier de l’actualité du projet de base logistique à la date de la décision de préemption attaquée »

[6] Il est loin d’être certain que tous les élus de l’ancienne Majorité aient d’ailleurs eu voix au chapitre ni même été informés des tenants et aboutissants de ces dossiers gigognes qui auront donc eu des destins divers.

[7] Paul Macedo (PS) était alors Conseiller municipal délégué au commerce avait été mis complètement devant le fait accompli (comme le service commerce qui travaillait sur d’autres pistes). Il se contentera de pleurer en silence.

[8] Un projet dont les travaux s’arrêteront en cours de route : après avoir voté le permis de démolir (d’une partie des bâtiments), les élus socialistes, peu avant les élections municipales et sous la houlette de Karim Bouamrane, refuseront de valider le permis de construire et donc les travaux d’aménagement pour cause de dérives des coûts.

[9] Une étude engagée en 2004 par la ville en association avec les commerçants des Puces visait à vérifier la faisabilité dans cette petite zone d’une petite plateforme de chargement et déchargement des marchandises pour les Puces, évitant aux gros véhicules d’entrer dans le cœur des Puces et de transiter par la rue des Rosiers. La viabilité économique incertaine et l’absence d’opérateur notamment ont conduit à refermer ce dossier.

[10] En empruntant par exemple les rues Rosiers puis Mathieu et C. Schmidt pour rejoindre la Porte Montmartre (ou de St Ouen). Tout comme pour le projet d’hôtel à proximité (ex site SVP), ardemment soutenu par le Maire, dont les flux (sauf autocars)emprunteront a priori cet itinéraire.

*

 

Holder 1

Holder 2

http://www.groupeholder.com/vf/historique.php

http://www.challenges.fr/actu-immo/20140507.CHA3565/un-appartement-parisien-vendu-a-46-200-euros-le-m2.html

http://www.lesechos.fr/31/08/2012/LesEchos/21260-118-ECH_les-marches-stars-des-puces-de-saint-ouen-misent-sur-les-people-pour-se-relancer.htm

 

Facebooktwitterredditpinterestlinkedintumblr

Facebookrss

8 réflexions sur « Un pain dans la préemption (avec questions)* »

  1. La comparaison entre la préemption abusive méthode Delannoy et la préemption époque Rouillon est inexacte.

    L’ancienne majorité détournait cet outil pour contenir l’augmentation des prix de l’immobilier (d’abord brandi comme une menace, et si le propriétaire persévérait, la mairie préemptait, le propriétaire poursuivait la mairie qui perdait, et la vente se faisait au prix initial avec des dommages et intérêts payés par la commune). Je sais de quoi je parle…

    Dans le cas de Paul c’est autre chose : le prix n’est pas en cause, c’était uniquement pour faire capoter l’opération. Or il faut un projet d’intérêt général précis de la commune pour préempter (construire une crèche, créer un parc etc.) et il n’y en a aucun sur cette parcelle des puces. Je ne comprends pas comment les services juridiques de la ville ont pu suivre le maire dans cette procédure hasardeuse et relevant d’un certain amateurisme…

    Question à 1,50 euros : depuis maintenant 1 mois une pelle mécanique verse de la terre dans des bennes rue Jules Vallès. L’engin sort du portail entre les anciens « Docks de la Radio » et Mazeau (« passage Malassis » sur Google Maps). Pas d’affichage de permis de construire, occupation non autorisée du domaine public, pavés de la chaussée pleins de terre, quelqu’un sait-il ce qui se trame ?

  2. D abord, bravo au blog pour les infos.

    Enfin, si je ne partage pas tout, relevons l immensité cretine des « affaires » JR MB.

    Le musée du pain au Caso , la même qualité intellectuelle que son projet de brasserie dans l ex bib…

    En nous écoutant, les Audoniens auraient eu une mda dans l ex bib et économiser 5 millions d euros.

    Sur l opération Holder dans les puces, c est à juger au niveau des possibles transformations du quartier.
    Ainsi un hôtel va surgir après transformation d activité, rue Gambetta.
    Mais qui a laissé Wonder aux gros, sinon JRMB?

    Enfin, pour la réglementation, il y a effectivement un sérieux non respect des panneaux déclaratifs de travaux, particulièrement pour les entreprises. Le nouveau Dgl ne tiendrait il pas ses services ?!

    Pour les flux d autocars, 3 arrivent : 33 Jean Jaurès, 51 bauer, 70 rosiers
    A quoi s ajoutera la gare routière dhalenne.
    .

  3. Je rejoins Taquet sur son post, j’ajouterai que l’on avait assisté à une Balkanysation de la ville sur une période de 10 ans et les dégats se verront encore pour très longtemps.

    Les tractations entre le groupe Holder et l’ancienne mairesse, sentait vraiment l’arrangement entre amis, avec des projets (Puces) à la limite du ridicule et surtout sentant l’affairisme.

    Concernant l’équipe actuelle, on voit bien l’écart immense lorsqu’ils étaient dans l’opposition, réactifs et critiques, aujourd’hui dans le rang mais sans grande imagination.

    @ Id : dommage de ne pas avoir écrit un papier sur l’odieuse agression antisémite dont à été victime ce gérant de superette Solomon, cette ville me déçoit de jour en jour.

  4. A Prince du Bourg post 4

    Un conseiller municipal m’a rapporté que figurait une photo de Balkany au mur dans le bureau du maire.

    La balkanisation se poursuivrait elle ?

  5. @ JYM

    Vous ne me surprenez pas, que WD idolâtre P.Balkany, je dirai à chacun ses références, ce dernier ayant transformé l’ancienne cité ouvrière communiste en ville huppée, peut être un sombre rêve pour notre édile, déjà un point commun, le fardeau de la dette laissé par tante Jacqueline !

    Je ne souhaite pas ce sort pour St Ouen, j’apprécie cette ville pour son coté populaire, mais avouons qu’avec W.Delannoy aucune chance d’y arriver, la transformation de St Ouen en Levallois populaire est un doux rêve (formule chère au député Le Roux, c’est dire la référence, sacré Patrick B., même à gauche il fait rêver).

    WD parait sans inspiration, ni projets concrets, rien à voir avec le trio Rouillon/Bentolila et Planque, rempli d’idées, bétonnant la ville comme jamais, peu importe si on faisait du laid et si chaque mètre carré était pris aux espaces verts, franchement je les regrette, il nous montrait toute la médiocrité qui pouvait exister chez des élus, en matière d’urbanisme bien sur.

  6. Prince du Bourg 7

    pourquoi tant de HAINE envers WD ?

    Saint Ouen restera toujours une ville populaire de toutes les couleurs de toutes les senteurs

    Qui a dit que notre Maire voulais d un LEVALLOIS ?

    je ne peux vous laissez dire que notre Maire et son Equipe manquent d inspiration de projets
    vous ne savez rien de ce qui se passe en Mairie

    avant d écrire toutes ces vacheries sans fondement renseignez vous

    et arrétez de nous bassinez avec L ANCIENNE EQUIPE c est du PASSE c est OUBLIE

    ON PENSE AU FUTUR AVEC NOTRE MAIRE ET SON EQUIPE QUI ON BIEN BOSSE DEPUIS 1 AN

    SACHEZ VOIR

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *