Décentrage hasardeux

Tout passe, tout lasse : le centre administratif municipal Fernand Lefort installé place de la République, en vis à vis de notre hôtel de ville, ne sera bientôt qu’un souvenir. Motifs officiels : rationalisation, économies, conditions de travail optimisées, meilleur accueil des usagers, plus grande efficacité du service public…

L’acquisition des anciens bureaux de l’entreprise Valéo (7 654 m2 utiles, 152 places de stationnements) suivi de leurs réaménagements, devrait permettre de regrouper sur un nouveau site, au 15-19 rue des Rosiers, pas moins de 460 agents de notre administration communale.[1]

Que du bonheur ? Pas si sûr.

Un contresens historique ?

Alexis Godillot (Maire de 1857 à 1870) avait pris la décision stratégique d’implanter la nouvelle mairie  au carrefour de deux axes majeurs, anticipant et favorisant ainsi la transition du village agricole[2] à la ville industrielle et urbanisée jusqu’aux portes de Paris.

L’équipe de Paulette FOST  (Maire de 1979 à 1999) avait eu l’intelligence de racheter l’ancienne Banque de France et d’engager une réhabilitation audacieuse. Un coup de maître sur le plan pratique et symbolique en regroupant des services administratifs et techniques alors complètement disséminés dans la ville[3] et en les rapprochant de la Mairie.

Il n’est par contre pas vraiment certain que la décision de Jacqueline ROUILLON (Maire actuelle), qui n’a pas complètement convaincu sa propre majorité, soit tout a fait du même niveau que celle de ses prédécesseurs.

En effet, ce choix semble essentiellement dicté par des considérations d’opportunité foncière, un raisonnement comptable discutable et d’autres considérations moins explicites.

Un site « décentré »

En dehors de l’accès à Garibaldi (via le square Marmottan) et de sa capacité cet immeuble de bureaux « banalisé » rue des Rosiers présente des handicaps certains. Il n’a aucune symbolique institutionnelle, il déconnecte physiquement les services municipaux des élus siégeant en Mairie[4], enfin il est « décentré » au regard du développement urbain de la ville.

A titre d’exemple, la construction dans la ZAC des Docks d’un bâtiment neuf complémentaire prolongeant l’actuel Centre administratif place de la République (bientôt réaménagée et desservie par les lignes 13 et 14 du métro), aurait pu constituer une belle articulation avec le quartier des Docks et ses milliers d’habitants attendus.

Un programme attrape-tout

Les principes directeurs du projet sont nous dit-on axés sur le confort des occupants, la coopération entre les services et l’accueil des usagers. Rien de moins.

On peut néanmoins douter fortement que ces nouveaux locaux suffiront pour améliorer l’accessibilité promise puisque ce nouveau lieu sera beaucoup moins bien desservi que la place de la République.

Il est légitime  de s’interroger sur le discours officiel qui insinue que ce site rendrait ipso facto notre service public communal « plus à l’écoute des besoins des habitants,  innovant et moderne dans les réponses aux attentes du public ».

La seule bonne nouvelle c’est la mise ne place (enfin) d’un accueil du public digne de ce nom et mieux structuré au regard des besoins des usagers. Pour le reste on est plutôt dans l’incantation et le charabia technocratique.

Une enveloppe financière élevée

Le montant de l’acquisition de ce bien privé (ex Valéo) a été de l’ordre de 12 M d’€ auxquels, si on a bien compris,  il faudra rajouter un montant de travaux évalués aujourd’hui à 12,2 M€ HT.

Pour mémoire, ces sommes déjà rondelettes ne comprennent pas les travaux pour les parkings (confiés à un délégataire), les frais de déménagements (noyés dans le budget de fonctionnement), l’informatique et la téléphonie (dans un « budget spécifique »), ni le mobilier de bureau (une paille pour 460 postes).

En bref avant de chiffrer les économies de loyers[5] et d’échelle ou mesurer l’efficacité de cet investissement il faudra quand même avoir  l’addition complète qui semble pour l’heure échapper à beaucoup d’élus.

Les administrés non concertés

A l’heure des transferts de compétences communales et des restrictions budgétaires, il aurait été de bon goût d’informer, voire de concerter, les audoniens sur cet investissement majeur destiné à leur rendre un meilleur service public.

Accessibilité, accueil du public, administration en ligne, réactivité et qualité des réponses, efficacité des services, lisibilité de l’organisation administrative… les sujets ne manquaient pas pour alimenter des groupes de travail, un comité d’usagers, une enquête à grande échelle et fournir une aide à la décision puis à la programmation.

Il n’en n’a rien été et ce n’est évidemment pas un hasard[6].

Comme beaucoup d’élus, les audoniens sont donc mis devant le fait accompli par une minorité agissante et monopolisant l’essentiel du pouvoir local.

Un projet en cachant un autre ? 

La désertion de la place de la République est-elle le symbole du départ programmé du Maire pour Plaine Commune ?

Sans aller jusqu’à la, force est néanmoins de constater que l’improvisation semble le disputer à une certaine opacité dans les choix du premier magistrat.

L’ancienne bibliothèque centrale ne devait-elle pas devenir une « brasserie branchée » comme le souhaitait le Maire qui refusait bec et ongles, il y a peu encore, d’y installer une Maison des associations à moindre coût et rapidement opérationnelle?

C’est aujourd’hui «l’Espace forme » (« provisoirement » installé là pendant les travaux de la piscine) qui est devenu la fonction définitive desdits locaux.  Cherchez la cohérence

Mieux, alors que le Centre administratif Fernand Lefort doit être définitivement transféré rue des Rosiers autour de septembre 2014, le Maire ne semble toujours pas en capacité d’indiquer ce qu’il adviendra de ce bâtiment remarquable et emblématique face à la Mairie. Malgré les questions de ces collègues élus[7], elle feint de n’avoir aucune idée déclarant  à propos de l’actuel Centre administratif  « pour l’instant ça reste propriété de la ville, pour l’instant on ne s’en sépare pas (…), « le bâtiment ne sera pas vide il sera loué ». A qui ? Mystère, pas de locataire en vue.

On se pince pour y croire. 

 

EPS

 


[1] dont ceux, jusqu’ici dispersés faute de place au CASO, dans des locaux loués comme la Direction du Personnel (rue Dieumegard) ou celle du Développement économique (Cap St-Ouen). Le personnel à temps complet et permanents de la ville représentent au total aujourd’hhui 1.525 agents.

[2] l’actuel Vieux Saint-Ouen où se situait l’ancienne Mairie

[3] Dans des locaux parfois forts médiocres type préfabriqués.

[4] Ainsi malgré le « new managment »  et la « e-administatio (comprendre internet), beaucoup de dossiers peinent déjà à traverser la place de la République dans le circuit normal avec à la clef une certaine lenteur dans la décision ou dans les réponses aux administrés (quand il y en a) ;

[5] on nous promet aujourd’hui la disparition de loyers et charges permettant une économie de 800 000 € par an.

[6] La municipalité et plus particulièrement le Maire avec sa Direction Générale préférant se contenter de pseudo Assises du personnel constituant un habillage de décisions prises en très petit Comité.

[7] notamment au dernier Conseil du 30 janvier par Lias Kemache (Conseiller d’opposition) voir la vidéo au point 27 (entre 353 :40 et 354 :40)

Facebooktwitterredditpinterestlinkedintumblr

Facebookrss

4 réflexions sur « Décentrage hasardeux »

  1. Regrouper les services, actuellement éparpillés, dans le futur centre administratif rue des Rosiers ne me semble pas une ineptie.

    Il n’y a pas que les Docks dans la vie locale et la majorité des audonniens habite encore de ce côté-là du Boulevard Victor Hugo. Certes, c’est plus compliqué pour ceux du Vieux St-Ouen. Par contre on rapproche un peu l’administration de Zola ou de Debain.

    De toute façon, il aurait été impossible de “prolonger” le CASO sur place.

    Quant à concerter les habitants sur l’organisation des services, je préfère ne pas y penser! J’imagine que ce n’est déjà pas simple avec les syndicats.

    A l’échéance 2014, nous avons encore le temps de trouver un locataire pour le site Place de la République. Et là, la concertation des habitants pourrait s’avérer pertinente.

  2. @ EPS
    “Comme beaucoup d’élus, les audoniens sont donc mis devant le fait accompli par une minorité agissante et monopolisant l’essentiel du pouvoir local.”
    C’est vrai et je suis d’accord mais j’en ai marre d’entendre cela: Si les élus (entre autres) concernés veulent que ça change, ils n’ont qu’à faire le nécessaire au lieu de voter comme des automates lors des conseils municipaux!
    je te rappelle qu’ils ont le pouvoir uniquement parce que nous leur laissons!

  3. @Carmen post1
    “Et là, la concertation des habitants pourrait s’avérer pertinente.”
    Sous réserve d’avoir enfin pu retrouver le mode emploi lors du déménagement…

  4. ç ‘est normal c’est pas leur argent toujours comme ça et l’opposition municipale elle fait qoui ? a part brailler crier et dire qu’ils ne peuvent rien …c’est faux et archi faux . ils ont qu’ a ecrire au prefet pour voir si la legalité de la decision par exemple

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *