Saint-Ouen : des quartiers ou des secteurs de com. ?

Ne pas confondre vitesse, précipitation et récupération

La frénésie de changement, ou du moins de communication sur le changement, n’épargne pas la démocratie locale qui doit s’appuyer, entre autres, sur les quartiers de la ville. Certes, en la matière à Saint-Ouen, le déficit est lourd mais cela n’interdit pas une réflexion sérieuse en ne confondant pas vitesse et précipitation. Bien définir les quartiers, c’est donc un gage pour bien asseoir l’action de futurs Comités de quartiers (ndlr : qui restent à définir)[1].

L’annonce sur le site de la ville des élus référents de 6 quartiers a été l’occasion,  au nom de la majorité (?), de publier une carte des quartiers (en haut à droite et issue de celle, modifiée, du programme de “Réinventons St-Ouen” en haut à gauche). La carte que nous publions sous celles-ci, en la versant au débat, atteste que nous n’avons pas exactement la même vision de notre ville. Autant dire que les quartiers affichés “officiellement” nous laissent perplexes avec une pointe d’inquiétude.

Déjà, première interrogation par rapport au programme de la liste « Réinventons Saint-Ouen ” : la définition des quartiers est aujourd’hui modifiée (carte n°1 devenant n°2 ci-dessus). Pourquoi ? Mystère ?

Sans doute parce que nos élus majoritaires ont réalisé (tardivement et c’est déjà ça ! ) que l’avenue Frayce et les rues aux abords du stade Bauer étaient plutôt dans « Debain… Michelet » que dans « Centre-Cordon » ! Toutefois étrangement, la rue Godillot côté numéros pairs (“Comme une image” et Gare) est restée au sein du quartier « Debain-Michelet » ! Improvisation ou ajustement pour les besoins de la cause ? Espérons au moins que les élus référents de quartiers s’y retrouveront sur le terrain[2].

En réalité, peu importe, puisque même avec ces corrections obscures, la copie reste à revoir, disons pour être bienveillant : « à parfaire ». En effet ce découpage est assez arbitraire et décalé au regard du vécu des habitants, de l’histoire ou de la géographie urbaine de notre ville. Il ressemble plutôt à un découpage technique de concessionnaires de réseaux d’eau, d’électricité ou de gaz. Il reste pour tout dire approximatif et pas très opérationnel pour s’appuyer sur l’expertise de proximité des habitants.

Pour essayer, au moins, de « tendre vers l’« excellence » quelques suggestions :

– Tout d’abord un peu de bon sens : une rue, une avenue ou un boulevard ne peuvent avoir côté numéros pairs un quartier et côté impairs un autre quartier[3]. C’est l’inverse : une voie publique fédère les deux rives bâties (et habitées) en structurant un même quartier (idem pour une place). Donc : tout faux pour le boulevard Hugo, l’avenue Gabriel Péri, l’avenue Michelet ou les rues A. Dhalenne, L. Blanc, Dr. Bauer et la place de la République.  Ça fait beaucoup ! Avouons-le, il faut envisager que les gens traversent la rue et échangent régulièrement avec leurs voisins d’en face.

  • Pour s’approcher du quartier « vécu » par les habitants, il convient aussi de prendre en compte la notion de proximité des uns et des autres dans les usages quotidiens (écoles, commerces, transports), ainsi que les coupures physiques (voies ferrées, grands sites d’activités, cimetière…). Ainsi on ne voit pas très bien par exemple comment les habitants autour du carrefour Landy-Michelet au Nord du cimetière Parisien partageraient leur quotidien avec ceux au sud autour de la place « Debain »[4] située à près de 1,5 km !
  • Le quartier dit « Michelet-Debain » peut difficilement englober la rue Godillot et on comprend mal l’absence en son sein de l’église du Sacré cœur ou du stade… « Bauer » (et les immeubles sur le même trottoir au seul motif d’être côté pair ! Sans vouloir ergoter indiquons par ailleurs et sans beaucoup hésiter que la forte identité du quartier Debain avec sa place, son échelle et sa spécificité est à l’évidence un quartier  à part entière.
  • Le quartier dit « Centre- Cordon », pourrait tout aussi bien se dénommer de manière plus explicite « Mairie-Cordon-Monet »[5] puisque la centralité à Saint-Ouen c’est surtout l’avenue Gabriel Péri[6]. Mais c’est presque un détail. En effet grande étrangeté des quartiers tirés au cordeau : la Mairie est dans le quartier dit « centre-Cordon » mais, pourtant en vis-à-vis de celle-ci, le centre administratif est dans… « les Docks ». Mieux, La ligne 14 à son entrée principale au Vieux Saint-Ouen et son entrée secondaire aux « Docks » (ainsi que deux entrées de la ligne 13). Comme la station s’appelle « Mairie de Saint-Ouen », Il va falloir prévenir la presse !
  • Curieusement le quartier Garibaldi autour de la station de métro était dans le programme de la majorité un triangle entre l’avenue G.Péri (côté impairs) et la rue des Rosiers (côté pairs) avec pour base la limite de Paris, dénommé quartier « Garibaldi-Rosiers-Les Puces ».Depuis l’élection, le quartier s’est étendu et a colonisé les rues Dieumegard, Blanqui, Voltaire et le côté pair d’une partie de la rue du Dr Bauer dont le stade. Il a aussi changé de nom, c’est désormais « Garibaldi- Les Puces » tout court. Au niveau du vécu une vraie cohérence !  Comprenne qui peut.
  • Autre conseil de base : ne pas confondre le périmètre d’une ZAC (qui est une procédure d’aménagement) et la réalité d’un (ou de) quartier(s)[7]. Ainsi, disons les « Docks », recouvre déjà plusieurs quartiers: celui autour du Grand Parc avec notamment les rues Ardoin, Bateliers, Clef des champs… En revanche toute la partie au moins entre la rue Simone Veil et le boulevard Victor Hugo (du Centre administratif au RER), se rattache(ront) à deux quartiers existants :  celui de la Mairie [8]et l’autre au quartier Victor Hugo – Glarner (qui va se distinguer plus nettement à terme du quartier Arago-Zola)[9].

Au-delà de ces éléments de cadrage qui ont un peu la force de l’évidence[10] il faudrait (à la marge) ajouter un peu de subtilité pour les « entre deux »[11](ou vécus comme tels). Prendre aussi en compte, pour les sujets communs, les continuités avec les quartiers des villes voisines de St-Denis (Pleyel) et Clichy (République-V.Hugo).[12] Bien entendu, il faut traduire chaque quartier dont ceux que nous avons suggérés par des formes indicatives en  “patates” (carte n°3) par un adressage précis par rue ou par segment de rue (pour celles qui courent sur plusieurs quartiers), afin de n’oublier personne dans l’information et les consultations spécifiques.

Pour notre part (cf. notre carte), nous distinguons à ce jour 8 quartiers et peut être 10 à terme compte tenu du développement possible du logement autour de la place du Capitaine Glarner et en limite de Clichy (entre la Seine et les rues de Clichy et Pierre). Sans trop lire dans une boule de cristal.

Chacun le comprendra, il s’agit de bien appréhender le « terrain » pour construire la « maison » c’est-à-dire une démocratie participative s’ancrant dans des quartiers bien identifiés. Autant dire qu’à Saint-Ouen c’est un grand chantier car on revient de loin. Avec la dernière mandature, pendant laquelle l’information et la concertation étaient des gros mots. Mais aussi dans les mandats de Gauche précédents, quand les journaux municipaux, au gré des dossiers, évoquaient des quartiers à géométrie variables avec des noms de circonstances. Sans compter que les élus d’alors, communistes ou socialistes, étaient assez hermétiques aux comités de quartier[13]. Notre nouveau maire qui rompu semble-t-il avec ce passé pourra d’ailleurs en témoigner puisqu’il entame… son 4ème mandat dans une majorité de Gauche.

Comment seront impulsés ces comités de quartiers ? Comment susciter et encourager la participation des citoyens ?  Comment seront désignés leurs président(e) ? Quel sera l’élu référent du quartier (parmi ceux qui y habitent) ? Quelle autonomie réelle, quel mode de fonctionnement des Comités ? Quel pouvoir réel ? Quel équilibre entre individualités et associatifs ? Volontaires ou tirés au sort ? Quels budgets participatifs ? Quels techniciens municipaux pour accompagner la démarche ? Comment parvenir dans un délai réaliste à une mise en place dans toute la ville sur un socle commun ? Comment intégrer l’expérience de « Mon Voisin des Docks ? Qui décidera du calendrier[14], des ordres du jour ? Quelle analyse des expériences des villes proches ou comparables ?…

Vu l’amateurisme pour simplement identifier nos quartiers, ce qui n’est quand même pas trop difficile, on peut douter des capacités de notre nouvelle majorité municipale à répondre à ce flot de questions et commencer à combler notre retard abyssal sur de vrais outils de concertation à Saint-Ouen. D’autant que la démocratie participative ne se décrète pas, elle se construit. Il va sans dire:  elle doit s’affranchir des raccourcis ou du spectaculaire et des grandes messes médiatiques dont sont friands les politiques qui gèrent surtout leur image et leur carrière.

Mais tout sera évidemment simplifié si les conseils de quartiers ne sont au final que des secteurs de communication où se déversera la bonne parole de la majorité municipale. En permettant aux élus d’aller « au contact » pour sentir d’«où vient le vent»… et pour faire , à peu de choses près, ce qu’ils ont déjà décidé.

Forcément chat échaudé craint l’eau froide !

A suivre

Eric PEREIRA-SILVA

[1] Programme de Réinventons Saint-Ouen, proposition n°113 : Créer des conseils de quartier comme lien de proximité et lieu de concertation essentiel au dynamisme démocratique.

[2] Le programme prévoyait aussi de désigner un élu référent par quartier. A l’arrivée, on n’est pas volé : ils sont entre 4 et 6 élus par quartier (dont entre 1 à 4 adjoints). Tous déjà en charge par ailleurs d’une délégation. Espérons qu’ils arriveront au moins eux-mêmes à se coordonner car quand tout le monde est responsable, c’est souvent sur le terrain en réalité …personne.

[3] Par contre une autoroute urbaine, infranchissable par le piéton (cf. le Périphérique), constitue réellement une frontière.

[4] Place appelé communément « Debain » mais de son nom officiel : « Place de la paix et de l’amitié entre les peuples » (on peut s’abstenir de l’écrire en cyrillique).

[5] Cordon Monet deux grandes opérations de logements sociaux l’une des années 60, l’autre des années 30 et toutes  deux objet d’une future rénovation urbaine conjointe dans le cadre de l’ANRU

[6] Une « centralité », qui se décline au moins depuis la mairie jusqu’à la rue Edouard Vaillant) avec des équipements publics (ex  future Maison des associations, service jeunesse, centre de Santé Barbusse, un marché, de nombreux commerces), l’église du Rosaire et des immeubles anciens avec une forte densité de population.

[7] Pas plus qu’un périmètre de ZAC le territoire d’une « cité », fut-elle importante, n’est pas un quartier mais souvent une partie d’un quartier avec une forte identification par beaucoup habitants se disent de « Soubise », de « Cordon », des « Boute en train », d’« Arago »…

[8] Ainsi le Conseil Régional est bien dans la ZAC des Docks mais bien dans le quartier de la mairie…

[9] Avec notamment la livraison des immeubles de logements place Glarner et la construction envisagé Centre Hospitalo Universitaire (CHU) en face. Le tout avec sans doute des activités et des commerces qui vont se polariser autour de la place du RER.

[10] Cette réalité des quartiers n’est pas, une trouvaille personnelle d’un déçu du socialisme mais basée sur « le plan de jalonnement » (signalisation urbaine de nos quartiers) établi par les services de la ville en…1982 ! En dehors des Docks en réalité pas de changements majeurs).

[11] Les « entre-deux » par exemple là où nos formes circulaires se croisent sur notre carte.

[12] Bien que notre ville soit « ceinturée » par des barrières physiques : le périphérique, au sud, les voies ferrées à l’Est, la Seine au Nord, les points de jonctions intercommunaux devront sans doute faire l’objet d’un repérage pour des sujets communs aux deux côtés de la « frontière » administrative côté Pleyel ou Clichy.

[13] Le maire PCF se contentant (et ayant déjà un peu de peine à jouer le jeu) des deux comités de quartiers non institutionnels animés par la mouvance communiste à Arago-Zola et au Vieux St-Ouen et parfois un peu exigeants.

Pour mémoire des « Conseils » de quartier sont obligatoires dans les villes de plus de 80 000 habitants depuis la loi Vaillant de 2002 cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_de_quartier . Beaucoup de villes de plus petites tailles en France ont néanmoins en parallèle décliné cet outil de démocratie de proximité sur leur territoire depuis longtemps.

[14] D’ores et déjà (cf. programme de « Réinventons St-Ouen ») proposition 124 : on annonce tous les 2 mois une réunion dans un quartier de la ville en présence du maire. Avec 8 quartiers c’est donc environ un Rdv chaque semaine dans un quartier différent : bonne chance !

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