M6 et les Puces : loin du journalisme d'investigation

Par Eric Pereira-Silva Ancien adjoint au Maire au Commerce, aux Marchés et au Développement Economique de Saint-Ouen

 

 

Le 7 décembre 2007 la chaîne télévisée M6 nous gratifiait d’une « Enquête exclusive » sur les Puces de Saint-Ouen. Malgré l’heure tardive, l’affiche était alléchante surtout pour les audoniens amoureux des Puces et les fins connaisseurs de cet univers très particulier auquel nous sommes tous attachés.

 

De raccourcis en formules lapidaires on est malheureusement resté dans la caricature, l’approximation et beaucoup de lieux communs. Une chose est certaines le sujet a été effleuré avec une grande maladresse.

Qui trop embrasse mal étreint !

 

Trois mots à peine sur le monde de l’antiquité et ses difficultés, une success story sur mesure pour un commerçant « indélicat » notoire, une fable sur un mystérieux Lord anglais faisant « main basse » sur les Puces, un fond d’embouteillage,  un zest de délinquance et de combines… l’affaire est dans le sac !

 

Seule l’histoire  édifiante d’un « biffin », avec le flux et reflux des vendeurs à la sauvette face à la maréchaussée, introduisait un brin de problématique.

Un peu court.

 

Au final un reportage plus que décevant, qui a fait grincer beaucoup de dents sans vraiment déranger.

 Bernard de la Villardière  à donc montrer ce qu’il voulait voir. Il est visiblement passé à côté de l’essentiel : le vrai sordide comme le plus merveilleux et surtout de l’alchimie de ce lieu magique.

Les vrais problèmes et les esquisses de solutions n’étaient évidemment pas assez « vendeurs » pour cette émission.

 

Notre ami Serge Malik, initiateur, du beau Festival Jazz Musette des Puces, à de son côté immédiatement réagit. Nous publions ci-après (avec retard) sa lettre du 20 décembre adressée au Producteur de cette émission :

 

«  D’après Enquête exclusive du 7 décembre, une simple ballade dans le plus grand marché d’antiquités du monde devient un Voyage au bout de l’enfer. Ce reportage lapidaire ne montre aux téléspectateurs d’M6 que violences et combines, je cite : «l’ambiance est électrique entre les trafiquants et les vendeurs, les biffins et la police, les antiquaires et un mystérieux Lord qui a racheté de nombreuses boutiques». Bernard de la Villardière ne s’aventure même pas à St-Ouen et reste sagement à Marseille. Le pitch se grime en télé-vérité: «On veut faire main basse sur ce marché… Les gagnants et les perdants de ce combat sans merci».

 

Pourtant, les Puces sont bancables : 2,5 millions téléspectateurs, 22% d’audimat, meilleure performance de la saison. Sans même risquer un demi-point de score, un autre regard aurait mieux informé.

e

1/ De ce qui existe après plus d’un siècle : Les biffins, mais aussi les antiquaires, les fripiers, les cafetiers, 2000 stands, 10 rues, 80 allées, 7 hectares, 40 bistrots dont certains musicaux, 6 millions d’internautes, l’un des sites les plus visités de France, une biennale des antiquaires, une nuit blanche, un festival de jazz...

2/ De ceux qui aiment leur marché et veulent le pérenniser : Visiteurs, Commerçants, Artistes, Stars, Figures de légende, Présidents des marchés et des associations. Celles et ceux qui ont consacré plusieurs jours à accompagner, à informer et à fournir M6 en images et en anecdotes.  

 

3/ Du classement en ZPPAUP, seul site urbain français classé pour son atmosphère : Il concrétise ainsi son importance patrimoniale et l’attrait de sa diversité. La volonté de sauvegarde des Puces est telle qu’il est prohibé de repeindre un stand ou de poser un parpaing sans l’autorisation des bâtiments de France.

 

4/ Des grandes et petites histoires «people» des Puces : On y a vu ces derniers temps: Sharon Stone, Olivia Ruiz, Merryl Streep Victoria Abril, Thomas Dutronc, Lisa Minelli, Sanseverino, Cher, Gérard Depardieu…

Une anecdote : Coluche acheta sa première salopette à un vendeur du marché Malik nommé… Gérard Lanvin.

 

5/ De la diversité créative dans un écosystème unique : Styliste et fripier, décorateur et broc, swing et rap, commode et tamtam, eaux fortes et poster d’Hendrix, pates de verre et gamelles. Cette cacophonie de sons, de couleurs et de produits vendus en écrin doré et en sac poubelle fait des Puces une pépinière fascinante.      

 

6/ De l’étonnante résistance historique : Ce village gaulois a toujours vécu avec la chronique de sa mort annoncée en pendentif. Son fonctionnement échappe à la standardisation et s’équilibre comme un culbuto, sa renommée mondiale refuse la mondialisation rationalisée. Son instinct de survie est unique : guerre, fortunes, faillites, solidarités, mégalomanies, urbanisations improbables, idéologies excessives…

 

 

On peut douter qu’un Lord anglais ou un média en quête de pathos ne fassent des Puces un Disneyland ou une favela. Ou que Majdi le fripier et Hakim le biffin ne soient les grands symboles du Grenier du Monde.

 

Sans pour autant oublier d’apprendre à «penser» le Monde qui surgit, avec sa nouvelle donne et ses nouveaux codes, Enquête Exclusive n’a pas fait un  travail fouillé, mais un travail de fossoyeur.

C’est souvent le cas lorsque le sensationnalisme prend le pas sur la mémoire. »

 

MALIK  
 

 

 

Facebooktwitterredditpinterestlinkedintumblr

Facebookrss

5 réflexions sur « M6 et les Puces : loin du journalisme d'investigation »

  1. Bonjour,

    Je me permet de profiter de cet article pour vous informer, et si ça vous dit, vous inviter à l’exposition “les biffins” au café-littéraire “Le Petit Ney”
    du 9 au 28 janvier 2009.
    Rencontre-débat, ce vendredi 9 à partir de 20h.
    10 avenue de la porte Montmartre (Paris 18e)

    Désolée, je n’ai pas encore vu cette émission et elle n’est plus disponible pour le moment, sur le site de M6. (elle sera visible à l’expo je crois)
    Je n’ai donc rien en dire, si ce n’est qu’il semble qu’au moins les biffins participants n’ont pas été cette fois-ci trahis/manipulés, c’est déjà ça. En tous cas, avant même la fin de l’émission et pendant plusieurs semaines encore, il y a eu beaucoup de retours très chaleureux qui témoignent de l’attachement des gens aux “vraies puces”disent-ils. Il semble que ces gens-là ont un peu ignoré ce qui concernait les puces “nobles”.
    Puisque vous dites que c’était pas bien, c’est un moindre mal.
    D’ailleurs, apprendre des choses subtiles sur les puces par la télé alors qu’on y vit, ce serait un peu vexant, non. Alors que localement l’info, le débat, l’échange, ça se fait tellement bien.

    Je ne doute pas qu’Hakim ne soit pas le symbole des puces de Monsieur Malik, et d’ailleurs Hakim n’est pas non plus le symbole de “tous les biffins”, juste une personne qui s’y est collé, (il faut du courage pour s’exposer!) pour essayer de contribuer à sa façon à ce que cesse le délire autour des biffins, puisque c’est ce qui nous occupe au comité.
    Aucun fin connaisseur ne manque de nous conter qu’ils sont à l’origine des puces, mais sans nous expliquer pourquoi les puces étant “classées pour leur atmosphère”, “leur ambiance”, n’importe quel commerçant peut en être, mais plus ces miséreux-là? Et pourtant ils existent.
    Je reprend volontiers là à leur compte, l’en-tête du n°6 de M.Malik : “de l’étonnante résistance historique “…
    et aussi cité par M. Jean Bedel :”L’histoire des chiffonniers est un véritable martyrologue et c’est par centaines qu’on compte les ordonnances de police édictées contre les chiffonniers” (Louis Paulian dans La Grande Encyclopédie du XIXème s.)

    Quelques mois de tranquillité (relative) ont permis aux biffins et leurs soutiens de vérifier qu’un début d’organisation était possible, en attendant la reprise des groupes de travail avec la mairie de Paris. Cette reprise, prévue après que l'”étude-action” de l’ADIE ait été rendue en juillet 2008, n’a jamais eu lieu. Il semble que la mairie de Paris avait décidé de jouer le pourrissement en guise d'”action”. En effet, la répression étant toujours aussi ferme dans le 20ème, le 11ème, Montreuil, Bagnolet, Vanves… des nouveaux biffins sont arrivés de partout, séduits par la douceur subite des mœurs policière de chez nous, ce qui n’a pas manqué de créer des difficultés nouvelles pour les habitants de la porte montmartre et aussi pour les.. biffins du cru.
    (aaahhh comme c’est bien joué…)
    Ensembles, habitants, biffins, nous avons tenté de parer au plus pressé, et d’obtenir de Paris qu’ils respectent leurs engagements d’organiser avec la plus large concertation possible un marché des biffins, et que cesse aussi la répression aveugle sur les autres puces.

    La réponse est arrivée, élégamment avec les premiers grands froids : la chasse aux biffins réouverte.

    Voilà pourquoi, un beau matin, audoniens, nous avons retrouvé la rue Lécuyer, la rue neuve Pierre Curie (dite “de la pisse”) et les environs submergés comme jamais par les biffins de la porte montmartre et d’ailleurs.

    La ville de Paris a attribué une subvention de 20000€ à la ville de St-Ouen pour contribuer à une “étude prospective territoriale sur le périmètre du marché aux puces” d’un coût de 141911€…
    http://odjcp.paris.fr/odjcp/plugins/xmlpage/alpaca/2008%20DDEE%20236.pdf
    http://www.prospective-foresight.com/spip.php?article807
    Je suis curieuse de lire ça…

    Pour ce qui concerne le présent possible des biffins,
    Sauve qui peut (l’association des biffins), le comité de soutien aux biffins de la porte Montmartre, celui de Montreuil/ Bagnolet/ 20ème, les comité de quartier du 18ème, le comité de défense des puces populaires entre autres… se proposent de participer gratuitement à la résolution de ce problème social en suspens. Et si possible rapidement!

    Le lieu, les dates de l’expo, le débat, l’étude de l’ADIE (à lire pour en finir avec les fantasmes), contact (outre le bon voisinage) etc. :
    http://biffins.canalblog.com/

    Rose

  2. Voici une proposition de petite lecture dominicale.

    Ou comment la Ville de Paris présente les Puces :

    “Les puces de Saint Ouen

    Premier marché de la mode des antiquités et de la brocante, le marché aux Puces de Saint-Ouen est mondialement connu. Sur 3 hectares, 2500 stands proposent meubles anciens, objets insolites, vintage… pour le bonheur des chineurs, collectionneurs, promeneurs. Il est ouvert toute l’année les samedis de 8h30 à 18h30, dimanches de 10h a 18h30, lundis de 10h30 à 17h30. Accès au marché: Porte de Clignancourt.

    Brocantes, puces, vide-greniers

    Les puces un lieu de rencontre de civilisations

    Plus qu’un marché, c’est un point de rencontre de civilisations, de tendances, où l’ambiance et l’atmosphère constituent une particularité unique en son genre. Cosmopolite et bon enfant ce grand marché est à la fois chic et populaire et fréquenté par une population très variée. Marchands d’art, collectionneurs, gens du cinéma et du spectacle, amateurs de vintage… côtoient les acheteurs du week-end qui cherchent juste à s’habiller moins cher et ou a se dégoter, pour trois fois rien, un meuble à retaper.

    Marché de la mode des antiquités et de la brocante

    Le marché aux puces de Saint Ouen présente deux catégories de produits: environ 1000 commerçants pour la mode, les produits artisanaux, et les vêtements d’occasion. Quelques 2500 commerçants pour les antiquités et la brocante. Les puciers qu’ils soient locataires où propriétaires sont de profils et statuts variès selon les marchés et les produits. Le monde de la fripe n’est pas celui de l’antiquité rare mais chacun y trouve sa place dans la bonne humeur et la convivialité.

    On peut s’y restaurer sur le pouce dans des gargottes improvisées avec parfois en prime chansons populaires

    Le café restaurant “La Chope des Puces” est devenu un lieu de concerts depuis son acquisition par Marcel Campion.

    Les puces de Saint Ouen sont constituées de 16 marchés différents:

    Les marchés couverts

    – Antica: Mobilier et objets des VXIIIe et XIXe siècles. 99 rue des Rosiers – 93400 SAINT-OUEN
    – Biron: Arts d’Asie, mobilier des xviiie, xixe et xxe siècles. 85 rue des Rosiers – 93400 SAINT-OUEN
    – Cambo: Marché de charme au coeur des Puces. 75 rue des Rosiers – 93400 SAINT-OUEN
    – Dauphine: Antiquités variées, brocante, « Carré des libraires » et restaurateurs d’art. 140 rue des Rosiers – 93400 SAINT-OUEN
    – L’Entrepôt: Marchandises volumineuses (escaliers, bibliothèques, cheminées, etc.). 80 rue des Rosiers – 93400 SAINT-OUEN

    – L’usine: Marché exclusivement reservé aux professionels – 1, Villa des Rosiers – 93400 SAINT-OUEN
    – Jules Vallès: Marché pour chineurs éclairés, meubles en location pour le cinéma. 7/9 rue Jules Vallès – 93400 SAINT-OUEN

    – Malassis: Antiquités et décoration, du xviie au xxe siècle. 142 rue des Rosiers – 93400 SAINT-OUEN

    – Le Passage: Grande variété de vêtements, mobiliers, livres anciens, effets militaires, bibelots. 27. rue Lecuyer – 93400 SAINT-OUEN

    – Paul Bert: Marché des tendances, mobiliers, objets d’art et décoration du xviie siècle au vintage. 18 rue Paul Bert et 96 rue des Rosiers – 93400 SAINT-OUEN

    – Rosiers: Luminaires, objets d‘art du xxe siècle. 3 rue Paul Bert – 93400 SAINT-OUEN

    – Serpette: Lieu incontournable des amateurs d’art, de l’antiquité aux années 70. Objets haut de gamme dans une atmosphère feutrée. 110 rue des Rosiers – 93400 SAINT-OUEN

    – Vernaison: Objets anciens,scientifiques, jouets, verreries. 99 rue des Rosiers – 93400 SAINT-OUEN

    – Malik: Vêtements neufs et créateurs de mode. 53 rue Jules Vallès – 93400 SAINT-OUEN

    Les marchés de plein vent et les rues pucières

    Les rues Jules Vallès, Lécuyer, Marceau, Paul Bert, des Rosiers, Voltaire – 93400 SAINT-OUEN: On y trouve mobiliers, libraires, objets d’art, fripes.

    Le Plateau, rue Jean Henri Fabre, avenue Michelet – 93400 SAINT-OUEN: On y trouve vêtements, chaussures et accessoires

    Histoire des marchés aux puces

    Appelés « biffins », « chiftires », « crocheteurs » ou plus poétiquement « pêcheurs de lune », les chiffonniers parcouraient la ville la nuit à la recherche de vieux objets jetés aux ordures qu’ils revendaient ensuite sur les marchés. Souvent associés aux habitants des « cours des miracles », les chiffonniers sont chassés de Paris à la fin du XIXème siècle. Ils passent alors par petits groupes de l’autre côté des fortifs et s’installent près des portes de Montreuil, de Vanves, du Kremlin Bicêtre et de Clignancourt.

    Désormais les 16 marchés qui constituent les puces de Saint Ouen, sont devenus un paradis de la brocante. Les conservateurs de musée, les galeristes, les stylistes et des milliers de curieux y ont leurs habitudes. Les marchés Paul-Bert et Serpette, constituent les deux fleurons de la brocante de luxe.

    Aujourd’hui les “Puces” ont obtenu leur classement, au même titre qu’un monument, en “Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager”. Le Marché aux Puces est le 1er site urbain classé pour son ambiance et son atmosphère.

    Infos pratiques:

    Les jours de marché: Tous les Samedis de 8h30 à 18h30 les dimanches de 10h à 18h30 les lundis de 10h30 à 17h30.
    Les accès en transport en commun
    – M° Pte de Clignancourt (ligne )
    – Bus n°56 – 60 – 85 – 95 – 137 – 166 – 255 – PC (3) “

    • Si on comprend bien la Ville de Paris parle des “Puces de Saint-Ouen” et non comme l’ADDPSO des “Puces de Paris-Saint-Ouen”.
      Ces parisiens sont vraiment des ingrats, ils parlent comme tout le monde et ne revendiquent même pas ce lieu touristique majeur.

  3. Les Puces possédent une nouvelle association loi 1901 annoncée en formation.

    Bienvenue à Green Puces, association de Protection des commerçants en voie de Disparition qui a lancé son “appel du 18 juin”.

    En vrac, la mise en cause d’une délibération intervenue selon eux en faveur d’un promoteur les privant de places de parking.; les 22.000 m² des anciens terrains Wonder…

    Contact : greenpuces@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *