Municpales 1er tour : analyse et commentaires d'Eric Pereira-Silva

Gauche officielle : un résultat honorable mais pas formidable.

Avec 42.9% des suffrages exprimés la liste (PC-PS-Verts-LO-Mars) conduite par la « communiste » Jacqueline Rouillon arrive nettement en tête au 1er tour des Municipales 2008. C’est cependant un peu moins bien qu’en 2001 puisque la gauche plurielle de l’époque (40.3%) et LO (6%) totalisaient 46.3%

Ce petit recul – dans un contexte de remontée nationale de la gauche – est visiblement le prix à payer pour l’élimination des « gêneurs » de tous poils d’Eric Pereira-Silva (Soigne ta gauche) à Bernard Pérégo (MRC) en passant par Alain Rouault (PCF et ex 1er adjoint en position non-éligible).

Un détail quand on souhaite avoir les mains libres avec la chance d’avoir des (nouveaux) socialistes pas trop regardants qui piaffent pour l’instant de ceindre leurs écharpes tricolores.

Autant dire que le petit clan du Maire et de Michel Bentolila (« ex » adjoint à l’urbanisme) qui a manœuvré sans vergogne et concocté cette liste avec des parachutages grossiers, se satisfait de ce résultat.

Avec un total de gauche à 63 % (à peine 52% en 2001), le 2ème tour devrait logiquement être meilleur pour cette gauche officielle que celui des dernières municipales (surtout en cas de ralliements entre les deux tours).

Que du bonheur ? A voir.

Il faudra ensuite gouverner la Ville avec une équipe improbable et inexpérimentée qui ne manquera pas de se cabrer face à un pouvoir réel concentré entre quelques mains. Il ya de forte chance également que certains oublient un peu vite que 47,1% des électeurs inscrits n’ont pas voté.

Le problème de la démocratie locale et de la gouvernance municipale resteront des enjeux majeurs du prochain mandat.

Le cas Keita : une vraie surprise électorale.

Ce cadre de l’administration communale, adhérent du PCF et ex Directeur de campagne d’Hayat Dhalfat et Jacqueline Rouillon aux dernières Législatives, crée la surprise :

Sans réel programme, ni critiques contre la majorité sortante, il a su rassembler beaucoup de jeunes de milieux populaire (souvent issus de l’immigration) et des militants associatifs qui se reconnaissent peu dans la gauche institutionnelle qui souvent les oublie. Il a capté par ailleurs une partie des voix des déçus communistes et socialistes.

Crédité jusque dans ces dernières semaines de 5 à 8 %, il réalise le score inattendu de 10.3% lui permettant de se maintenir au 2ème tour.

Evidemment les mauvaises langues le soupçonnent toujours d’être plus ou moins un élément à la solde du Maire ou du moins « récupérable » si besoin est. On ne prête qu’aux riches !

Que fera-t-il de cette « victoire » ? Probablement rien d’autre qu’un ralliement discutable avec au minimum un poste d’adjoint au Maire à la clef. Dilemme de courte durée : la fusion des listes est pour mardi 11 à 18 h dernier délais.

LCR : les révolutionnaires s’affirment

Après avoir beaucoup peiné pour constituer une liste, les amis d’Olivier Besancenot qui n’ont pas hésité à intégrer l’éternel libertaire Daniel Maunoury, voit leurs efforts récompensés par un score de 7.6% des suffrages exprimés.

Au-delà de leurs adhérents et sympathisants ils ont bénéficié de voix communistes et des votes « tactique » de ceux qui à gauche rejettent le groupe Rouillon en discernant mal les objectifs de Mamadou Keita.

Evidemment côté programme c’est plutôt la révolution mondiale que la propreté des rues, le commerce ou le sport au niveau local.

Au moins pas de danger pour un ralliement ou un débauchage entre les 2 tours.

  • Pedrot, incarnant un autre courant trotskystes, militant infatigable, parvient à obtenir un score de 2.21 % sans qu’on discerne très bien son programme municipal ni ses objectifs.

William Delannoy : le grand perdant de la droite

Conduisant la liste unique de la droite, face à une gauche éparpillée sur 4 listes, Il réalise un score de 37 % soit un peu moins que le total des 3 listes de droite (hors MNR) en 2001 (37.4%).

Malgré l’ouverture à des associatifs réputés de gauche, quelques écologistes et des citoyens sans parti, sa campagne électorale centrée sur le local, la communication et les approximations sur papier glacé n’a pas compensé l’absence de travail municipal et de propositions sérieuses.

Son alliance avec Albert Kalaydjian, centriste auquel il s’est opposé pendant toute la mandature, est apparue pour un simple opportunisme et finalement peu payante.

Un malheur n’arrivant jamais seul, l’étiquette UMP dont il s’était débarrassée pour mieux glaner les voix des électeurs lui est collée sur le dos par l’UMP 93 qui le soutien officiellement depuis quelques jours (un cadeau empoisonné de son ennemi intime Eric Raoult).

On peut raisonnablement pensé qu’il n’améliorera pas beaucoup son score au 2ème tour et sera donc très loin derrière la gauche. L’histoire ne repassant pas les plats, cette défaite annoncée pourrait mettre un terme à ses velléités de conquête de la mairie.

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1 réflexion sur « Municpales 1er tour : analyse et commentaires d'Eric Pereira-Silva »

  1. Bonne analyse à laquelle j’apporterais quelques réflexions complémentaires.
    1. L’appareil LCR n’a certes aucune vision municipale: seul compte le leadership de l'”anticapitalisme”. Mais la plupart des candidats (sans même parler des électeurs) ne sont pas dans cette logique. Du coup la LCR n’est nullement absente des discussions d’entre-deux-tours…
    2. … y compris avec M. Keita pour qui l’enjeu stratégique est tout de même bien plus compliqué que son seul avenir personnel. Dans le fond, la question, c’est (a) comment peser? et (b) dans quel sens? Sur le point (b), c’est le rôle de “conscience de gauche” de la majorité qui a les faveurs de certains au sein d’Ensemble pour Saint-Ouen, alors que d’autres, prenant acte de l’impasse de M. Delannoy, rêveraient plutôt d’être la véritable opposition (de gauche en l’occurrence, mais ce n’est pas contradictoire). Les réponses tactiques au point (a) y sont liées mais ne s’y réduisent pas. En effet, les deux stratégies (et surtout celle de véritable opposition) supposent à la fois une vraie vigueur associative et une dynamisation des forces politiques qui ont sommeillé pendant la campagne municipale, dont au premier chef le PS. (Comme d’autres sans doute, j’ai pu assister le 4 mars au spectacle affligeant d’une réunion PS Salle Barbara exclusivement consacrée aux cantonales — personne, apparemment n’assumant le choix municipal. Un tract générique du PS93 a même été distribué appelant à voter deux fois PS le 9 mars. Aux municipales à St Ouen, beaucoup auraient bien voulu…) Ce travail-là commence dès le 17 mars.
    3. L’incohérence de la majorité municipale ouvre des perspectives à cet égard, surtout si les rumeurs d’une passation à mi-mandat ont quelque fondement. Le déverrouillage de la majorité peut être une chance pour la démocratie à St Ouen.
    4. Je suis beaucoup moins sûr que vous que le sigle UMP soit un cadeau empoisonné. On s’est trop gaussé des déboires médiatiques de Sarkozy et du coup on n’a pas vu que les électeurs de droite aspirent à de la cohérence politique et que la logique d’ouverture peut séduire au centre. Une vraie liste UMP d’ouverture (que Delannoy a tout fait pour saboter) aurait, j’en suis convaincu, fait bien mieux. Mais après tout, avec des hypothèses, on fait ce qu’on veut…

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