Si Zohran Mamdani a remporté la mairie de New-York, sa proposition du gel des loyers (dans une des villes où le coût de la vie est le plus cher du monde) a joué un rôle important dans son élection, à n’en pas douter. Et partout en Europe, la crise du logement touche les grandes villes qui manquent d’habitations et où les prix ne permettent pas à tous de se loger décemment.
Cela renforce l’idée que je défends depuis plusieurs années que nos politiques publiques doivent régler prioritairement la problématique du pouvoir d’achat par celui du logement. Or la question du logement est rarement mise en avant dans les programmes politiques. Si à Saint-Ouen, la municipalité revendique d’atteindre 100% de logements dignes, une partie des habitants constate que le chemin est encore long.
Le prix, la qualité et l’offre sont les problématiques qui se posent essentiellement aux locataires du parc privé et public. À Saint-Ouen, la rénovation effective de 1500 logements sociaux du Vieux Saint-Ouen et de Cordon-La Motte-Taupin grâce au dispositif PNRU[1] engagé sous la mandature de J.Rouillon, débutera prochainement mais certaines résidences en auraient aussi besoin. On ne compte plus les plaintes récurrentes de manque d’eau chaude ou de chauffage, de pannes d’ascenseur, de factures délirantes d’énergie à cause des passoires thermiques. Les habitants des 106 logements de la résidence René Rioux vont enfin apprécier les travaux engagés jusqu’en 2027.
Et ce sont 15 000 demandes (Chiffres donnés par le maire lors du CM d’octobre dernier contre 5 000 en 2020…..) dans le parc de logement social[2] chaque année qui montrent l’importance du sujet. L’ensemble des demandes est examiné en commission d’attribution des logements de la SEMISO chaque mois. La charte de 14 pages ( il faut avoir envie de la lire…) annonce comme objectifs entre autres :
Rendre plus lisible son processus d’attribution Si les critères d’attribution sont clairement exposés sur le site à la rubrique CALEOL (cela faisait partie du programme de la majorité) et les dossiers anonymés (seulement depuis 2024 !), on peut s’étonner que des demandes datent encore de plus de 10 ans et que le maire puisse gérer 700 logements sans passage en commission.
Favoriser les parcours résidentiels
Ce dernier a récemment évoqué la Bourse d’Échange de Logements sur un plateau de télévision en précisant que cela fonctionnait bien à SO. Or il semblerait que ce n’est pas le cas puisque les demandes et les offres sont rarement compatibles (taille et prix) et peu nombreuses (17 actuellement sur un parc de 7 300[3]). Il faudrait peut-être élargir ce dispositif à Plaine Commune ou au département et à d’autres bailleurs sociaux comme le montre ce reportage[4].
Optimiser l’occupation du parc social
Mais pourtant des locataires signalent des appartements vacants depuis plusieurs mois ou faisant l’objet de sous-location ; quel contrôle du bailleur ? Nous observons aussi tous que beaucoup de personnes âgées se retrouvent seules dans des grands logements, que fait la Semiso pour les aider à envisager un changement d’appartement ? Pense-t-on à développer des résidences intergénérationnelles (étudiants/séniors) ? Quel est l’avenir des deux tours des Boute-en-train qui comptent 200 logements sociaux vides et dont la municipalité a annoncé en avril 2023 un projet de réhabilitation et non de destruction, le désamiantage coûtant trop cher ?
Si l’énergie et les transports pèsent dans le budget des ménages, la part la plus importante pour les personnes à petits revenus est bien celle du logement. Et je ne parle pas des 4 millions de personnes considérées comme mal-logées[5]. Il faut donc augmenter les constructions aux normes RE2020[6], les rénovations énergétiques et les dispositifs contre les loyers et les fonciers élevés dans nos grandes agglomérations ; il est illusoire de penser régler l’inflation immobilière seulement par les APL, des chèques ou des aides aux plus démunis. Concernant d’ailleurs les Aides Personnalisées au Logement, si l’idée était généreuse sur le papier, elles ont à mon sens, contribuées à l’augmentation des loyers et ont permis à des particuliers de se constituer leur patrimoine privé avec de l’argent public. Quant aux bailleurs sociaux, puisqu’on leur demande de plafonner les loyers et de s’adapter aux besoins des familles, ont-ils vraiment besoin de ce dispositif ?
Il faut absolument que les friches urbaines et le bâti existant rénové servent autant au logement social qu’à l’accession à la propriété et s’inspirent d’innovations réussies.[7] Sur le territoire de Plaine Commune, l’accent est mis sur l’accession sociale qui se développe, principalement en Bail Réel Solidaire (BRS). Ces logements peuvent être jusqu’à 30% moins chers que l’accession libre, doivent rester la résidence principale du propriétaire et voient leur caractère social garantit dans le temps. Attendons quelques années pour voir si ce dispositif est efficace pour permettre à de nombreuses familles d’acheter un premier bien et de libérer des places à la location[8].
Enfin, la problématique de « régularisation des charges « qui a touché de nombreux locataires de la SEMISO en 2024, montre que les compétences et la transparence sont indispensables dans la gouvernance d’une Société d’Economie Mixte qui gère des logements sociaux et que cela doit interpeler tous les postulants à la mairie en 2026.
[1] Programme National de Rénovation Urbaine : 450 millions d’euros alloués par les différents degrés institutionnels ( Etat, Région, département, plaine commune, mairie)
Les différentes catégories de logements sociaux sont fonction des prêts et des subventions accordés aux organismes pour la construction de l’immeuble. Et le plafond de revenus pris en compte pour avoir droit au logement varie selon la nature du prêt.
Il y a 4 niveaux de plafonds progressifs correspondant à des niveaux de loyers. Plus le loyer est élevé, plus les plafonds de ressources des ménages le sont.
Le PLAI (prêt locatif aidé d’intégration) est réservé aux personnes en situation de grande précarité.
Le PLUS (prêt locatif à usage social) correspond aux HLM traditionnelles ; ce sont plus de 80 % des logements sociaux destinés aux revenus modestes
Le PLS (prêt locatif social) concerne des logements situés en priorité dans les zones dont le marché immobilier est le plus tendu (plafond le plus élevé) et dédiés aux personnes à revenus intermédiaires
Le PLI ( prêt locatif intermédiaire) est réservé aux ménages dont les revenus sont légèrement supérieurs aux plafonds
[8] Sources du Monde : L’observation des demandes et des attributions de logement social révèle la profondeur de la crise. Fin décembre 2024, 2,8 millions de ménages avaient déposé une demande, contre 1,7 million fin 2013, soit une hausse de 60 % (un tiers de ces demandes émane de ménages déjà locataires du parc social et candidats à une mobilité). Le nombre de ménages ayant emménagé dans un HLM a, dans le même temps, chuté drastiquement : les attributions de logement sont passées d’un pic de 500 000 en 2015 à 380 000 en 2024.
2 réflexions sur « Enjeu.x du logement »
Logement social ou logement public ?
Quid de l’avenir de la SEMISO ? Dissolution ou pas ?
Quid de la foncière pour le logement abordable entre Paris et Saint Ouen ?
On a construit trop de bureaux en Île-de-France, car c’était plus rentable que de construire des logements. En décembre 2025, en banlieue nord, 872000 m2 de bureaux sont disponibles. Il y a une suroffre de bureaux en Seine-Saint-Denis. À Saint-Ouen le taux de vacance des bureaux atteint 28%.
Quelles sont les idées des cinq candidat.e.s à la mairie de Saint-Ouen pour transformer les bureaux vides de notre ville en logements ?
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Quelles sont les idées des cinq candidat.e.s à la mairie de Saint-Ouen pour transformer les bureaux vides de notre ville en logements ?