L’ expérience d’une militante au sein des Écologistes de Saint-Ouen
Le groupe EELV audonien a été traversé ces derniers mois par des difficultés internes diverses[1]. Il semblerait aujourd’hui qu’EELV présentera une liste autonome pour les élections municipales conduite par Sidonie Baignères. Sur cette liste apparaissent les noms des élus et militants impliqués dans la charte dénoncée par Sabrina Decanton en novembre dernier. FB nous informe de leur lancement de campagne le 12 février. Rappelons que le dépôt des listes doit se faire au plus tard le 26 février. Pour mieux appréhender cette situation, une adhérente souhaite donner sa version des faits, la voici :
Témoignage : Mon expérience au sein des Écologistes Saint-Ouen – Démocratie interne je crie ton nom
Ce témoignage s’adresse à celles et ceux qui se reconnaissent dans la gauche et hésitent encore sur leur vote.

Début de mon engagement
J’ai adhéré aux Écologistes en septembre 2024, portée par l’élan des législatives anticipées. J’ai choisi EELV pour son attachement revendiqué à la démocratie interne, valeur centrale pour moi. Si j’ai quitté Saint-Ouen il y a 1 an, j’y milite toujours et j’estime que l’échéance municipale de la ville est politiquement déterminante. Mon objectif est clair : remettre la ville à gauche. Pour moi, le maire actuel ne l’est pas.
Intégration et premiers dysfonctionnements
En avril 2025, lors de l’AG du Groupe local (GL), nous votons pour les chefs de file. Une équipe de négociation avec les autres forces de gauche, est également désignée par un vote et j’en fais partie. Je n’ai été intégrée à ce groupe qu’en novembre 2025, une fois les négociations quasi finalisées. Aucune information ne m’a été transmise, malgré mes demandes aux membres du groupe.
Très vite, je constate qu’un noyau restreint concentre les décisions importantes, je l’appellerai « Comité ».
Désignation opaque de la tête de liste
En juin, un long débat a lieu au sujet de la tête de liste. La cheffe de file paraissait pour beaucoup la tête de liste naturelle. Mais une autre personne se présente, et aucun vote clair n’est organisé.
À l’issue de cette réunion, on m’indique que l’orientation sexuelle de la cheffe de file poserait problème dans certains quartiers.
En juillet, je rencontre la personne qui veut également être tête de liste. Je lui propose de communiquer clairement contre l’homophobie et toute autre forme de discrimination.
Je mène également un travail programmatique qui restera lettre morte, en dehors d’une réunion où nous étions 4.
La cheffe de file m’annonce à la fin du mois qu’elle sera tête de liste. Le processus de désignation m’est inconnu à ce jour. Le Comité en a décidé ainsi.
Engagement militant
Durant l’été et la rentrée, je m’investis fortement : travail programmatique, marchés, organisation d’événements, outils militants.
Les réunions du groupe local cessent. Les décisions se prennent en cercle fermé.
La crise
En novembre, j’apprends que la tête de liste s’est retirée de la campagne, dénonçant des pressions et des propos homophobes. Le groupe local n’en est pas informé.
Je découvre aussi une charte de mandature préparée en secret, par le Comité. Pour moi, il s’agit d’un grave problème démocratique : un texte visant à concentrer le pouvoir, illégal et élaboré dans le dos des militants.
Le communiqué publié en réponse au retrait de la tête de liste ne reconnaît aucune erreur et disqualifie toute critique. Lorsque je fais part de mon désaccord, je fais l’objet d’attaques personnelles.
Le rôle des instances
Les instances départementales et régionales interviennent tardivement concernant la crise provoquée par le départ de la tête de liste et les éléments dénoncés (Charte de mandature et homophobie).
L’AG de novembre est convoquée dans un délai très court, les discussions sur la crise interne (exposée ci-dessus) interdites.
Début décembre, les négociations avec LFI nous sont présentées. Un vote est organisé avec différentes stratégies. L’alliance avec LFI est actée (57% des inscrits sont pour)
En janvier 2026, nous apprenons l’exclusion d’un membre du groupe local, d’abord par « on-dit » puis de façon officielle le 8 janvier.
Le vote de décembre est remis en cause et nous devons nous prononcer pour ou contre un départ sur une liste autonome. Le 31 janvier, la constitution d’une liste autonome est votée (42% des inscrits sont pour) avec une abstention de 41%.
Le 6 février, les candidatures pour la liste sont présentées aux adhérents. Une part importante sera faite aux citoyens non encartés qui y figureraient, dès la 4ème place.
À mes yeux, cette stratégie a plusieurs objectifs :
- servir des ambitions personnelles, dont celles des personnes du GL dont le nom figure sur la charte. Elles ont toutes proposé leur candidature pour être présents sur la liste.
- sanctionner LFI, qui attend un retour des instances d’EELV pour avoir refusé de négocier
- marginaliser les militants favorables à l’union avec LFI
J’ai saisi à plusieurs reprises les instances nationales et demandé une tutelle réellement indépendante. Je n’ai reçu aucune réponse.
Conclusion
Il apparait malheureusement de graves dysfonctionnements au sein de notre Groupe Local EELV que les instances nationales ne prennent pas suffisamment en considération.
Formuler des critiques internes n’est pas s’en prendre à des personnes, mais à des méthodes. Le parcours de vie ne doit ni exonérer de toute responsabilité, ni empêcher un débat politique honnête et exigeant.
Le parti privilégie les rapports de force internes et le nombre d’adhésions, au détriment de la démocratie, de la transparence et du respect des décisions collectives.
Ce témoignage m’exposera sans doute à des critiques, voire des sanctions, mais je souhaite donner ma version des faits.
Bon vote éclairé.
Emilie.B
[1] Retrait de la tête de liste officielle Sabrina Decanton dénonçant des propos homophobes et une charte de fonctionnement illégal par 6 personnes du GL ; exclusion d’EELV de Driss Naïch avec la recommandation d’assister à une formation : Prévention contre les Violences Sexistes et Sexuelles ( suite à une plainte déposée contre lui par une employée du service Commerce dont il était élu).
