Mains d’œuvres : le coup de force ! *

William Delannoy a visiblement un rapport assez ténu avec la culture et son importance pour la population dans sa diversité. Ainsi on se rappellera qu’une des première décision de son mandat fut de faire disparaître le festival de jazz – musette des Puces après une dizaine d’années d’existence. Il le clôturera donc par l’expulsion ce 8 octobre au petit matin par la police du lieu de culture alternative Mains d’œuvres existant depuis 20 ans.

Une décision justifiée par avance dans une double page (!) confinant au réquisitoire de (son) journal municipal de septembre. Si les difficultés sur ce dossier ne datent pas d’hier et la situation perdurant peu satisfaisante, encore aurait-il fallu avoir des informations sincères et vérifiables pour les habitants de notre ville.

Malheureusement, opposant un projet à l’autre comme à son habitude, le maire a entamé une croisade et expliqué que c’était, bien entendu et contre toute vraisemblance, le meilleur endroit de Saint-Ouen pour installer le nouveau conservatoire. Là encore sur cet équipement, une arlésienne depuis le début du mandat, aucune réelle information ou concertation. Mieux, il affirme aujourd’hui sans rire que le projet de conservatoire a pris deux ans de retard. C’est donc toujours la faute aux autres comme pour la construction des écoles qui font défaut pour encaisser la frénésie immobilière.

Enfin, une fois encore, le maire n’attend pas le résultat de l’appel devant le tribunal, pour mettre à exécution la décision de justice défavorable à Mains d’œuvres en l’état. Une précipitation visant à rendre en tout état de cause les choses irréversibles comme pour la fusion OPhlm-Semiso[1] ou l’expulsion de la famille Gomis[2].

On regrettera d’ailleurs comme cela a été dit devant le cordon policier par Denis Vemclefs (élu d’opposition) au Directeur de cabinet du Préfet et à la sous-préfète : il y a quand même deux poids deux mesures. Quand c’est le maire qui est condamné, il fait appel et l’Etat attend le résultat et là il intervient sans attendre le résultat de l’appel par formulé Mains d’œuvres.

Une chose est certaine au regard de la manifestation de ce lundi soir devant l’hôtel de ville avec un nombre de participants impressionnant cette affaire ne sombrera pas dans l’oubli.

A suivre…

[1] Une décision illégale avec désormais un embroglio juridique total et des dysfonctionnement récurrent dans la gestion du logement social

[2] Famille expulsée de son appartement par la Semiso qui s’est empressée de relouer alors que le tribunal a finalement condamné ladite Semiso à reloger la famille dans un appartement équivalant. Depuis des mois cette famille est toujours dans cette attente

*

Réaction de Franck Riester, ministre de la Culture, à la suite de l’expulsion de l’association Mains d’OEuvres (1 rue Charles Garnier, 93400 Saint-Ouen)

Franck Riester, ministre de la Culture, regrette qu’une solution amiable n’ait pu être trouvée au différend qui oppose la commune de Saint-Ouen et l’association Mains d’OEuvres depuis 2014.

Soutenu par le ministère de la Culture et de nombreux services de l’Etat, ce lieu constitue en effet une ressource pour les initiatives culturelles du territoire portées par les habitants et pour les artistes qui y sont accueillis toute l’année en résidence.

Pour le ministre, « La disparition d’un lieu artistique et culturel est toujours un échec auquel on ne peut se résoudre. »

C’est pourquoi, Franck Riester propose sous l’égide du ministère de la Culture une médiation entre les deux parties, dès que possible.Par ailleurs, les services de l’Etat, en particulier la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France, sont pleinement mobilisés pour que le matériel appartenant aux artistes et opérateurs culturels présents hier sur place leur soit restitué au plus vite.

Voici le droit de réponse que Mains d’Oeuvres a publié, a lire attentivement:

RAPPEL DES FAITS DU CONFLIT OPPOSANT LE MAIRE WILLIAM DELANOY ET L’ASSOCIATION MAINS D’ŒUVRES

Droit de réponse – Mains d’œuvres suite au CP de la Mairie de Saint-Ouen du 08/10/19 concernant l’expulsion de Mains d’Œuvres—-

Hier, mardi 8 octobre 2019, William Delannoy, maire de Saint-Ouen, après de nombreuses années de menaces et de contre-vérités à notre encontre, est passé aux actes : Mains d’Œuvres fait l’objet d’une expulsion et doit quitter son bâtiment historique.
Plus de 20 années au service de la diffusion de la culture pour toutes et pour tous sont balayées d’un revers de main par un élu qui laisse sur le carreau des centaines d’artistes en résidence soutenus par les collectivités locales et l’Etat, 70 salariés dont il se soucie peu du devenir, des milliers d’audoniennes et d’audoniens usagers quotidiens de Mains d’Œuvres et de ses activités.

Nous n’avons eu de cesse de vouloir entamer un dialogue constructif avec Mr. Delannoy. Nous l’avons dit, écrit, publié, exprimé dans la presse ou sur les réseaux sociaux, en témoignent les documents publics que nous tenons à disposition.
Après avoir refusé la médiation juridique initialement proposée, alors qu’un jugement en appel doit intervenir le 3 décembre 2019, la réponse du maire à notre volonté de dialogue est inacceptable.

Aujourd’hui, la violence de cette expulsion ainsi que les contre-vérités énoncées dans le dernier communiqué de presse publié par le service de presse de la Mairie ne peuvent rester sans réponse.

La direction de Mains d’Œuvres et son Conseil d’Administration tiennent à apporter les précisions suivantes:

1. C’est bien à l’initiative de Mr. Delannoy qu’une proposition de médiation juridique nous a été transmise le 21 décembre 2017, soit 10 jours avant la fin effective de notre bail, suspendant de fait notre départ des lieux. Nous avons dès lors voulu croire en sa volonté d’ouvrir un dialogue qui aurait été bénéfique à toutes et à tous. Mais dès lors, laissez entendre que vous vous attendiez à notre départ au 31 décembre 2017 est donc faux, voire mensonger.

2. Depuis sa création, Mains d’Œuvres a toujours payé son loyer (60000€). Mais, en 2010, un incendie a détruit une partie du bâtiment. Mains d’Œuvres a contesté le maintien du loyer au montant fixé par le bail, dès lors qu’elle était privée de la partie du bâtiment sinistré. Fin 2015, c’est le tribunal qui a tranché sur ce sujet et non pas un geste de la part de Mr. Delannoy. Le loyer a été ramené à 1€ pour compenser la perte de la subvention de la mairie (90000€). Nous avons toujours souhaité et exprimer notre volonté de payer un loyer.

3. Nous n’avons pas mis en œuvre une sous-location de nos espaces : Mr Le Maire se méprend de fait – et malheureusement – sur le terme de « résidence d’artistes » qui est le cœur même de l’activité de Mains d’Œuvres depuis plus de 20 ans et qui constitue la raison de son soutien par de nombreuses collectivités territoriales dont le Région, le Département, la Ville de Paris ou le Ministère de la Culture.

4. Il est écrit que nous serions une charge financière supportée par les Audoniennes et les Audoniens : si auparavant, la mairie versait une subvention de 90 000€, celle-ci a été stoppée en cours d’année en 2014 et ramenée à 0€. Aujourd’hui Mains d’Œuvres contribue donc à la vitalité culturelle de la ville pour 0€.

5. Par ailleurs, la Mairie évoque deux ans de retard dans les travaux de lancement du conservatoire. Or, ce projet n’a jamais été inscrit au budget de la Ville, ni fait l’objet d’aucune présentation du projet architectural envisagé. Il faut se rendre à l’évidence : ce projet n’est pas prêt et il est utile de préciser qu’il coûtera largement plus que les 15 millions d’euros évoqués régulièrement par Mr. Delannoy sans avoir démontré la possibilité technique d’installer un conservatoire dans le bâtiment actuel.

6. Il nous paraît utile de rappeler également qu’en 2016, Mr. Delannoy a évoqué la possibilité pour Mains d’Œuvres de racheter le bâtiment. Cette option était parfaitement envisageable pour lui à l’époque, il était parfaitement ouvert à cette option.

7. Enfin, Mains d’Œuvres a déboursé près de 4 millions d’euros pour pallier les manquements de la Mairie depuis plusieurs années en termes d’entretien du bâtiment et qui lui incombait en tant que propriétaire.

Mr Le Maire peut se douter combien l’expulsion de Mains d’Œuvres et de ses milliers d’usagers est une perte lourde pour l’image de la Ville et priverait des centaines de familles d’un accès à l’art et la culture divers, ouvert et partagé.
Malheureusement, encore une fois, il préfère lier le devenir de Mains d’Œuvres au devenir du Conservatoire, comme si le fait de déshabiller entièrement Pierre permettrait de vêtir convenablement Paul. Il n’a eu de cesse de monter les usagers de ces deux établissements les uns contre les autres.
Nous défendons avec l’ensemble de nos partenaires (État, Région, Département, Ville de Paris, Plaine Commune) un lieu emblématique qui a écrit une page de l’histoire des politiques culturelles pour les audoniens. Nous défendons une place pour chacun, un rayonnement de notre ville, une exigence artistique, un accompagnement de l’émergence. Dans ce contexte, il est vain de nous opposer.

Fazette Bordage, Présidente de Mains d’Œuvres
Juliette Bompoint, Directrice de Mains d’Œuvres
Les membres du Conseil d’Administration de Mains d’Œuvres 
Les salariés, adhérents et bénévoles de Mains d’Œuvres
Et bien sûr, tous et toutes les sympatisant.e.s

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3 réflexions au sujet de « Mains d’œuvres : le coup de force ! * »

  1. Enfin bon, soyons honnêtes sur ce sujet, nous sommes aussi en droit de se poser la question:
    Pourquoi, alors que Mains d’Oeuvres connaissaient leur situation et savaient depuis des années qu’ils devraient partir, rien n’a été engagé pour retrouver un site d’accueil sauf une guerre de tranchée avec la nouvelle équipe municipale ?
    Cela n’est quand même pas sérieux !

    • @audonien de papier

      Déjà une partie de la réponse dans le communiqué de Mains d’oeuvre dans notre article actualisé en droit de réponse à l’article paru dans le journal municipal

  2. En cas de réunion de médiation avec le Ministère, je propose que l’ on demande des nouvelles de tous les manquements de l’Etat et des promesses faites en ce domaine…

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