A guichets fermés

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Le gymnase Joliot Curie, jouxtant le groupe scolaire du même nom, site commode pour le trafic de drogue est depuis longtemps déjà sous la pression des dealers. Face à leurs intrusions permanentes, les agents municipaux ont fait valoir leur « droit de retrait ». Le Maire a fermé l’établissement jusqu’à nouvelle ordre.

Une décision inédite à Saint-Ouen et qui illustre, s’il le fallait, un échec collectif des pouvoirs publics au sens large et qui ne date pas d’hier. La mobilisation des parents d’élèves et des utilisateurs de l’équipement devrait espérons-le contraindre les uns et les autres à sortir des postures politiciennes.

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D’abord, le Maire actuel qui, il y a peu encore dans l’opposition, expliquait que les caméras règleraient tout, qu’il fallait une vraie police municipale et aussi, sur le tard, qu’il était pour légaliser le cannabis. Soit un peu tout et son contraire. Il commence à comprendre que tout ceci est complexe et long. C’est hélas au pied du mur qu’on voit le maçon ! Et pour l’heure son édifice sécuritaire est bien fragile. Accuser ses prédécesseurs de tous les maux ne l’exonèrera pas de ses responsabilités propres.

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Ensuite, L’ancien Maire, qui prônait la justice sociale comme préalable à toute action locale efficace sur le trafic en réclamant toujours plus de police à l’Etat. Sans convaincre, elle a tenté – très tardivement et maladroitement – de mobiliser la population à quelques encablures de sa fin de mandat hasardeuse. Quinze ans au pouvoir, son bilan en la matière est ultra mince et elle peut difficilement accabler son successeur. Autant dire, que sur ce dossier comme d’autres, malgré son expérience, sa crédibilité est limitée[1].

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Enfin, notre ancien Député devenu Ministre de l’Intérieur souffre-douleur des deux précédents, apôtre des Zones de sécurité publique (ZSP) dont celles de Saint-Ouen, opposé à la légalisation du cannabis mais pas contre y réfléchir [2]. Désormais en pleine responsabilité sur le sujet avec un temps a priori compté[3], il devra au plus vite s’illustrer sur ce dossier emblématique de son territoire d’élection et dans sa propre ville. Les statistiques des arrestations et de l’activisme sécuritaire sont une chose[4], l’éradication durable des trafics en est hélas une autre. Pour l’heure, il pourra difficilement se défausser sur le Maire pour ce qui relève directement et à court terme de l’ordre public.

La désaffection à l’égard des élus se mesure à la capacité des politiques à tenir leurs engagements et surtout à régler les problèmes. Petits et grands.

Ce dimanche, devant l’équipement public fermé, l’importante mobilisation des parents d’élèves et des usagers, joyeuse mais exigeante, montre que les citoyens n’entendent pas subir des décisions brutales et non concertées. Il serait bien imprudent par ailleurs d’essayer de dévoyer ou récupérer cette action[5].

Même en ses temps électoraux troublés, un consensus minimum au niveau local sur ce dossier précis du trafic de drogue est absolument à rechercher. Sinon pour régler les problèmes de fond du trafic, du moins en créant les conditions de réouverture rapide du gymnase en évitant que cette situation extravagante ne se reproduise à cet endroit ou ailleurs dans la ville.

EPS

 

https://www.youtube.com/watch?v=QyQSFQmxsj

*photo (Le Parisien du 18 mars) clin d’oeil humoristique à Bruno Le Roux qui ne se contente pas de visiter l’établissement central logistique de la police nationale (test, réparation, création des armes de la police).

[1] On lira avec intérêt son point de vue sur l’évolution du trafic et la légalisation dans un long interview à la revue Regards.fr du PCF d’octobre 2016 ( http://www.regards.fr/web/article/cannabis-les-impasses-de-la-repression) où au final elle se positionne comme une observatrice ou une analyste. Très significatif, elle n’évoque son action de Maire qu’à travers ses « (…) des actions pour “récupérer” les halls d’immeuble et les occuper tous les vendredis, avec des goûters pour les enfants, des actions avec les habitants. Car aujourd’hui, les espaces publics sont désertés par les gens et donc occupés par les dealers ». Enfin rajoutons qu’elle n’a jamais osé affirmé publiquement clairement quand elle était élue (contrairement à W. Delannoy) qu’elle était pour la légalisation du cannabis.

[2] Il y a quelques mois, participant à un débat organisé à Mains d’œuvres par les socialistes locaux sur la délicate question de la légalisation du cannabis au côté de Daniel Vaillant (ancien Ministre de l’Intérieur, favorable à cette option). Bruno Le Roux dans son style alambiqué, laissait alors entendre qu’il n’y était pas favorable à la base mais qu’il fallait aller au final dans ce sens.

[3] Sauf, peut-être, s’il pouvait jouer les prolongations avec le camarade Macron en cas de victoire de ce dernier à la Présidentielle ?

[4] La lutte contre le trafic est sans relâche, les arrestations se multiplient, des condamnations sont prononcés mais les réseaux démantelés sont reconstitués systématiquement et souvent dans la violence.

[5] Dans la foule des parents d’élèves et des enfants on a pu noté aussi la présence de divers militants associatifs, de quelques élus de la Majorité ou de l’Opposition, de socialistes (plutôt proche de Bruno Le Roux), d’une représentante d’EE-LV, du candidat sarkozyste à la députation… Bref du beau monde.

 

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