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"Incinérateur, éco-quartier : la précaution n’est pas facultative"

25 avril 2009 · 9 commentaires

un incinérateur dan s la ville (photo eps-stg )

Convergence Citoyenne qui avait organisé récemment un débat de très bonne tenue sur la question de l’incinérateur publiait à l’heure du débat « officiel » ce 24 avril dernier à l’Espace Cardin, une contribution emprunte de bon sens évitant la démagogie.

Nous la reproduisons ici intégralement.

« Incinérateur, éco-quartier : la précaution n’est pas facultative »

« Tout récemment encore, la Ville s’agaçait de ceux qui soulevaient la question de l’incinérateur dans le cadre du projet des Docks. Aujourd’hui, elle prend l’initiative d’une réunion sur le sujet, désormais « au cœur du débat ».

C’est un progrès réel, qui témoigne des possibilités de l’action citoyenne. Mais ce n’est pas suffisant.

Reste encore à admettre que l’incinérateur est au cœur de préoccupations pertinentes, légitimes et qui appellent des réponses. Pour cela, il ne suffira pas de prendre acte des désaccords – fussent-ils vifs – entre spécialistes. Il faudra prendre la mesure d’une véritable logique de précaution face à des risques sérieux et incertains.

Les citoyens ont leur place dans un débat qui ne concerne pas seulement les politiques et les techniciens.

Et ce qui est vrai de l’incinérateur l’est aussi, au-delà de la soirée publique du 24 avril 2009, de tout ce qui pose problème dans le projet des Docks : schémas de circulation, pollution des sols, terrains inondables, hauteurs de construction (14 tours de 17 étages), qualité du bâti, modalités de concertation…

Que penser, donc, de cet « éco-quartier » implanté autour d’un incinérateur ? Pour Convergence citoyenne, c’est sur quatre points qu’il faut insister.

1. En matière de santé publique, il faut prendre au sérieux – enfin ! – le principe constitutionnel de précaution. Ni plus, ni moins.

Que dit la Constitution à cet égard ?

« Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution, et dans leurs domaines d’attribution, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »

Certes, la nocivité de l’incinérateur aux normes actuelles n’est pas établie. Mais cela ne signifie pas qu’il faille se contenter du respect des normes en attendant d’en savoir plus. Cela signifie, au contraire, que des risques plausibles, mais non démontrés, appellent des mesures de précaution provisoires et proportionnées. Dans les années 1970, on rassurait les populations avec des normes dont on sait aujourd’hui qu’elles étaient beaucoup trop laxistes. Ne refaisons pas les mêmes constats en 2035 !

2. Toute politique de précaution suppose un moindre recours à l’incinération.

Quand ? Comment ? À quel rythme ? Toutes ces questions nécessitent de vrais débats. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il ne saurait y avoir de réduction du risque sanitaire – sans même parler d’un avenir sans incinération – si l’on n’agit pas maintenant pour réduire le volume global de déchets. Nous attendons de la Ville de véritables engagements sur cette question ?

3. N’opposons pas le social et l’écologique !

C’est pourtant ce qui est fait chaque fois qu’on stigmatise les préoccupations sincères relatives à l’incinérateur – ou à d’autres enjeux d’environnement – sous prétexte qu’elles seraient « partisanes ». Il faut entendre : « hostiles au logement social »…

Nul ne nie que chacun ait droit à un logement décent. Pour y parvenir, une ambitieuse politique sociale du logement est indispensable.

Mais aucun logement qui subirait de graves nuisances environnementales ne pourrait être jugé « décent ». Une politique sociale du logement doit donc être aussi, inséparablement, une politique écologique du logement.

Peut-on justifier, au nom de l’urgence, de fermer les yeux sur des risques sanitaires possibles mais non avérés ? Non, au contraire. Ce sont précisément ceux qui subissent aujourd’hui l’insalubrité qui méritent que les logements qui leur seront attribués répondent aux critères, environnementaux et sociaux, les plus exigeants.

Il a été dit, en Conseil municipal, qu’avec cinq ans de travail préparatoire, le projet des Docks était mûr. Mais il n’est jamais trop tard pour prendre en considération des problèmes négligés qui, de toute façon, finiront par grever financièrement le projet. C’est à ceux qui prétendent qu’il n’y aurait plus qu’à foncer vers les premières constructions qu’incombe la charge de la preuve.

4. Un « éco-quartier » ? Un « Nouveau quartier urbain » ? Chiche !

La Ville se targue de créer un éco-quartier. Elle postule au label de « Nouveau quartier urbain ». Il ne faut pas railler ces ambitions ; au contraire, il faut les prendre très au sérieux.

C’est précisément parce que Saint-Ouen mérite une telle approche du développement des Docks que les Audoniens ne se satisfont pas de l’à-peu-près. Les labels urbains peuvent n’être que des gadgets qui permettent de chasser les subventions. Ils peuvent aussi être le fondement d’un nouveau mode de développement, plus durable, plus citoyen, plus solidaire.

Bénéficierons-nous de ce nouveau mode de développement ? Pas tant qu’on traitera avec mépris les préoccupations légitimes sur l’incinérateur, les schémas de circulation, la pollution des sols, les terrains inondables, les hauteurs de construction, la qualité du bâti, les modalités de concertation.

Mais rien n’empêche que, très vite, on change de registre et d’ambition. C’est ce pour quoi nous nous battons. »

Catégorie(s) : 4 - Les Docks · A la une · Environnement

9 réponses pour le moment ↓

  • 1 M'FAINZ // 24 février 2010 à 18 h 12 min

    Qui osera nier encore l’intérêt de notre incinérateur.Hortefeux l’utilise pour transformer en fumées les prises de canabis ou de cocaïne de ses brillants services.Ne soyez pas surpris si vous croisez des pigeons ou autres volatiles à la démarche,au vol bizarres;ils auront trop respiré les émanations issues de notre incinérateur…
    Comme quoi si les rencontres JR-Hortefeux ne permettent pas de faire baisser la violence ou de retrouver les assassins des trois jeunes morts de l’été dernier,elles auront aidé à rendre l’air de S.O.plus euphorisant.D’ici que le corps médical prescrive des cures en Audonie pour malades dépressifs…

  • 2 paco // 24 février 2010 à 20 h 02 min

    @ Michel
    il ne manque plus que le retour de Santini , qui en Avril , à la mascarade organisée à l’espace Cardin , en soutient à J R et PP , déclarait que son incinérateur était vachement bien , qu’il n’avait eu aucun mail de plainte de personnes ayant contractés un cancer (sic)… et que de toute manière il était bien prévu de ne construire aucun logement ni école dans un périmètre raisonnable .
    Il aurait décidé de se griller comme conseiller en com’ d’une mairie de gauche qu’il ne s’y serait pas pris autrement…… Sacré Santini , plus expert en fumées de cigare que de celles des incinérateurs!

  • 3 Jean Fouquart // 24 février 2010 à 20 h 11 min

    Ou que des audoniens en promenade soient arretés pour prise de substances illicites!!!
    Michel, ce n’est pas l’incinérateur de SO qui pollue, c’est un homonyme!

  • 4 M'FAINZ // 25 février 2010 à 17 h 57 min

    Une bonne nouvelle lue sur le site de la ville!
    Le mercredi 3 mars,de 14 à 16 H,possibilité de tailler des ceps de vigne devant le parvis de l’église du Vieux S.O.
    S.O.renouerait-il avec les mystères médiévaux?ou tout simplement avec son passé de village de vignerons.Espérons que René,notre poète local héritier de la verve des Béranger,célèbre les futures vendanges avec un chant de sa composition.N’en doutons pas ,JR ou son équipe de COM trouveront bien un musico pour mettre ces vers en musique à moins que ce ne soit l’occasion de créer un slam audonien!
    Poètes à vos sécateurs(oh!pardon)à vos stylos!

  • 5 JY Marsouin // 20 avril 2010 à 8 h 23 min

    MA POUBELLE EST UN TRÉSOR Docu. – Société
    Origine : France. (2010)

    Matières plastiques, résidus électroniques, médicaments absorbés puis rejetés dans les eaux usées, molécules indestructibles issues des nano-technologies…

    les déchets posent un réel problème à notre société de consommation. Ils ne sont pas seulement encombrants ou nauséabonds.

    Enterrés, ils se dissolvent dans nos nappes phréatiques et nous finissons par les boire ; incinérés, ils risquent de se répandre dans l’atmosphère et nous finirons par les respirer. Mais la planète n’est pas condamnée

    Réalisation : Pascal Signolet, Martin Meissonnier.

    MARDI 20/04/10 sur FR3 23h25

    Et l’excellente vidéo de 20 mn sur « l’histoire d’un truc », à diffuser et montrer dans les écoles , qui résume l’absurdité du modèle capitalisme-productivisme

    http://pourunmondedurable.blogspot.com/2008/06/la-vie-dun-truc.html

  • 6 taquet // 17 juillet 2011 à 7 h 54 min

    A lire, une interview d’Alain Rouault, président du syndicat 93 du traitement des ordures ménagères dans un numéro spéciel de l’Humanité Dimanche consacré à l’environnement.

    Des chiffres sur les volumes, les coûts de construction rénovation des centres, l’avenir sur ces immondices quotidiens produits par tout à chacun mais d’abord mis en forme par le packaging, une réflexion salutaire sur le nécessaire retour du politique sur cette grande question sociétale, et un petit coup sur le bec du patronat qui tarde sinon refuse d’assumer ses responsabilités.

    Bref, des éléments plus que jamais d’actualité à l’heure des choix d’intercommunalité.

  • 7 René Matéo // 17 juillet 2011 à 16 h 46 min

    post 4 micfainzang
    Mon cher Michel, je ne vendange plus depuis longtemps. Je vendangeais naguère à Cuxac d’Aude. C’était le bon temps ! Et le bon vin aidant, il m’arrivait d’en pousser une .. Mais le drame c’est que chaque fois que je chantais, il pleuvait .. Part temps de sécheresse cela faisait naturellement l’affaire des producteurs de vin du secteur.
    Maintenant, je ne chante plus .. j’écoute chanter les autres. Mais, selon moi, il n’y a plus de grands chanteurs et je n’aime pas trop les rythmes modernes, qui, toujours selon moi, manquent de poèsie .. Parlez-moi d’une bonne bourrée auvergnate jouée et chantée par Jean Ségurel et ses troubadours.
    C’était le temps du Bol d’Or des Monédières où s’affrontaient les plus grands champions cyclistes, Bahamontés, Anquetil, Altig, Poupou et consorts ..

  • 8 René Matéo // 18 juillet 2011 à 5 h 33 min

    correction : « Par temps de sécheresse .. »

  • 9 JYM // 19 juillet 2011 à 19 h 33 min

    A Taquet post 6
    Un lien vers cet Humanité spécial environnement ?

    Dans l’attente de ce lien, prenons connaissance de l’actualité du CNIID (pas trop fraîche celle ci, on fait ce qu’on peut, hein ?) et dans la perspective d’une « intégration urbano-paysagère » de l’incinérateur audonnien dans le projet d’éco quartier des Docks.

    « Le site Isséane hors la loi

    Jeudi 7 avril, le Cniid et Ecologie sans frontière ont déposé un recours au tribunal administratif de Cergy-Pontoise contre l’arrêté préfectoral d’autorisation d’exploiter l’usine d’incinération Isséane située sur la commune d’Issy-les-Moulineaux (92). Les associations dénoncent plusieurs violations de la réglementation, notamment en ce qui concerne le calcul de la hauteur des cheminées et l’évaluation des impacts sanitaires de l’usine.

    En déclarant qu’Isséane « conçue pour fonctionner sans bruit, sans odeur, sans rejet en Seine, sans cheminée, sans fumée ni panache blanc de vapeur d’eau », le Syctom (Syndical intercommunal des ordures ménagères de l’agglomération parisienne) fait de ce qui semble être un non respect de la réglementation, un argument d’exemplarité de l’usine. Car c’est bien l’intégration paysagère de l’usine qui a primé pour la construction d’Isséane. Vue de l’extérieur, elle ne ressemble en rien à un centre d’incinération, tous les éléments pouvant rappeler la dangerosité de telles installations ayant été camouflés, à commencer par les cheminées. Les exigences d’esthétisme ont ainsi pris le pas sur la limitation des impacts sanitaires et environnementaux. Car, comme le rappelle l’InVS [1], « plus la cheminée est haute, plus les résultats au sol après dispersion seront faibles ».

    L’autre élément notable, dont on n’a pu mesurer la gravité qu’avec quelques années de recul sur le fonctionnement de l’usine, réside dans une sous-évaluation des impacts sanitaires et environnementaux de l’usine et de ses rejets. En effet, les valeurs limites d’émission de polluants retenues pour l’évaluation des risques sanitaires, sont nettement plus strictes que celles fixées par l’arrêté préfectoral d’autorisation d’exploiter. Les risques sanitaires et environnementaux encourus avec le fonctionnement de l’usine, tel qu’il a été autorisé par le préfet, sont donc méconnus.

    Avec les soupçons qui pèsent désormais sur Isséane, c’est la vitrine de l’incinération dernière génération qui se fissure, remettant en question les projets d’incinérateurs en cours qui l’ont pris pour modèle. »

    http://cniid.fr/Incinerateur-hors-la-loi-a-Issy-les,12

    http://incinerateur-issylesmoulineaux.over-blog.com/

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