De l'utilisation du français pour ne strictement rien dire…

Il y a quarante ans exactement, en 1968, Raymond Devos commençait à peu près ainsi ainsi l’un de ses sketchs : « Mesdames et Messieurs, je vous annonce tout de suite que je vais parler pour ne rien dire. Oui, je sais, vous allez dire, s’il n’a rien à dire, il ferait mieux de se taire. Eh bien non, Mesdames et Messieurs. Quand je n’ai rien à dire, je veux qu’on le sache, qu’on en discute… Je ne suis pas ennemi du colloque. ».

Aujourd’hui, les membres de Saint-Ouen à gauche qui ont signé le document se revendiquant comme « objet politique non identifié » (1) sont peut-être, sans le savoir, des héritiers de Raymond Devos. L’humour en moins. En effet, à quoi peut bien servir, que peut bien apporter un texte qui s’écoute parler, qui n’est rien qu’un entrelacs de formules convenues, sans aucune tentative d’explication, de définition, de proposition concrète ? Rien ne peut y choquer, tout y est de bon ton. Mais en quoi avons-nous progressé après sa lecture ?

Quelques exemples :

« Le nouveau millénaire qui s’ouvre (c’est un pléonasme, comme “sortir dehors” ou “monter en haut” : s’il s’ouvre, il est nouveau, et s’il est nouveau, il s’ouvre) apparaît comme celui de toutes les urgences, de tous les défis, de tous les possibles. » Qu’est-ce que cela signifie exactement, concrètement, et surtout en quoi cela différencie-t-il le troisième millénaire des précédents ? Qu’y a-t-il derrière cette formule qui se voulait probablement lyrique et percutante et n’est qu’ampoulée et redondante ? Suffit-il de se placer artificiellement dans la perspective de l’Histoire avec majuscule enluminée pour ajouter du contenu à un propos qui en manque ?

Parmi les « appréciations communes » qui peuvent nous « ré-unir » (le trait d’union est particulièrement pertinent ici, vous ne trouvez pas ?), peut-on m’expliquer ce qu’est « la nécessité de revisiter tout le logiciel à gauche » ou encore « les difficultés auxquels (sic) sont confrontés celles et ceux qui ne se résignent pas à changer la vie » ? Ça sonne, ça ronfle, c’est sacrément moderne ; l’espace d’un instant, j’avoue avoir eu presque envie de revisiter mon logiciel à gauche… Mais je n’ai pas la moindre idée de ce que cela signifie.

Je n’aime pas l’expression « politiquement correct », d’abord parce qu’elle est une décalcomanie un peu délavée d’un mode de langage américain, ensuite parce qu’elle est elle-même affreusement « politiquement correcte ». Mais puisqu’elle est largement diffusée et comprise ( ?), je m’en servirai pour qualifier le paragraphe qui nous invite à « organiser des confluences, prendre des initiatives, développer un carrefour de débats et de réflexions, un espace pour impulser une démarche. » Qui peut aller contre une telle déclaration ? Personne. Mais en quoi se démarque-t-elle d’une déclaration émanant de la droite ? En rien. Combien d’éléments concrets, au-delà de la logorrhée verbeuse, propose-t-elle à notre réflexion ? Aucun.

Je suis très inquiet quand la langue sert à masquer un vide ou, pire, à dissimuler ce qu’elle n’ose pas désigner. Dieu (ou Staline) veuille que la « créativité collective » prônée par les signataires ne soit pas, à l’instar de la « démocratie participative » mise en place il y a quelque temps à Saint-Ouen, un artifice visant à nous faire croire que nous avons eu notre mot à dire dans les prises décision municipales.

Et puisque je viens de lâcher le mot « signataires », je confesse avoir été surpris d’y trouver certains noms. Que les membres de l’actuelle majorité municipale se sentent obligés de marquer leur territoire en nous assénant un discours creux dont je souhaite qu’il ne soit pas à l’image de leurs actes, cela me semble malheureusement inéluctable : « c’est de bonne guerre », disent les commentateurs sportifs pour qualifier l’antijeu ou la tricherie. Mais j’aurais attendu, de la part de ceux qui ne jouent pas leur poste et dont l’apport devrait par conséquent se situer au niveau de la réflexion vraie et du conseil argumenté, qu’ils prissent le recul qui leur aurait permis de ne pas cautionner ce non-texte.

Rassurez-vous, je n’ai pas besoin de croire en vous pour croire à la gauche, et même si votre prochaine prose est encore plus insignifiante, je ne basculerai pas dans l’autre camp. Mais vraiment, je trouve Raymond Devos plus amusant et plus propice à la réflexion.

C.B.

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4 réflexions sur « De l'utilisation du français pour ne strictement rien dire… »

  1. S’il est évident que la Terre ne tourne pas rond, et que certaines élites se partagent richesses et pouvoir sans se soucier du reste du monde………

    Le reste du Monde ne regarde plus la Gauche de la même manière, ils sont sur le point de ne plus rêver au meilleur possible………..

    Après les guerres de tranchées occasionnées lors des élections depuis 18 mois, il est temps de démontrer que la Gauche existe, qu’elle est utile.

    Les slogans faciles ne fonctionnent qu’à Droite, nous devons reposer toutes les questions et être force de propositions pour des réponses tout à fait concrètes et réalistes.

    Pour que l’intérêt général renaisse, il faut en expliquer les fondements et pour cela un parti, un mouvement quels qu’ils soient ne peut porter seul cet esprit.

    Nous avons lors du lancement de l’appel eu envie d’une chose simple, la ville de Saint-ouen est ancrée à Gauche (cf. élections locales et nationales) et pour que ces idées progressistes, allant dans le sens de l’Homme avancent, nous proposons un nouvel espace où lors de soirées à thème tous les participants pourront venir, écouter, partager, dialoguer, contredire, réfléchir, ou ne pas venir 😉 …….

    Et de là, nous ressortirons forcement tous enrichis de la pensée de tous et de ce froisement d’idées…

    Je vous trouve bien peu humble de décliner de la sorte une invitation qui n’était pas à caractère obligatoire !

    Nathalie July

  2. Cette initiative n’est tout autre que la reproduction du comité d’initiatives (dont l’un des principaux animateurs a été utilisé, pressé, essoré et jeter aux orties l’a quitté en revenant par la grande porte à la réalité au nez et à la barbe des manipulateurs) tant décrié par certains parce qu’ils n’en étaient pas animateurs ou contributeurs.

    MB a réussi encore une fois un tour de force en changeant juste l’intitulé d’un mouvement qui avait permis l’élection de JR aux élections cantonales et le bon score effectué aux élections législatives.

    Certes la nécessité se fait sentir d’une gauche renforcée permettant un meilleur ancrage dans notre paysage politique local au regard des résultats aux municipales qui démontrent le désintérêt de nombreux de nos concitoyens à la politique municipale (50% d’abstention et seulement 50% des votants en faveur du maire et d’une large équipe recomposée).

    Nous reconnaissons tous que la renaissance de l’intérêt général passera par des femmes et des hommes qui en portent véritablement les fondements. Permettez moi de vous dire que certains des signataires de cet appel notamment les principaux, sont très loin de cet intérêt comme nous le savons tous.

    Les objectifs de ce nouveau mouvement ne sont autres que politiciens et visent à essayer d’affaiblir ce nouveau mouvement qui connaît un réel engouement dans la population ENSEMBLE POUR SAINT-OUEN, à faire élire les candidats choisis par JR (peut être elle-même) et MB aux cantonales 2010 ou 2011, à amoindrir la force que représente aujourd’hui le PS dans l’exécutif et dans la population à Saint-Ouen notamment l’arrivée probable et l’implication politique réelle le député BL à Saint-Ouen en vue des futures élections. Ne nous trompons pas, la présidence du Conseil Général est en jeu pour les cantonales à venir et celle-ci ne pourra être bradée au profit d’une alliance quelconque pour les municipales.

    Le mépris dont fait preuve JR et une partie de sa majorité au Conseil Municipal ne va pas dans le sens d’un esprit comme il est réclamé dans cet appel qui consiste à faire porter un tel mouvement par l’ensemble des citoyens et des forces de gauche.

    Vous voyez que nous sommes très éloignés de ces phrases idylliques « Nous avons lors du lancement de l’appel eu envie d’une chose simple, la ville de Saint-ouen est ancrée à Gauche (cf. élections locales et nationales) et pour que ces idées progressistes, allant dans le sens de l’Homme avancent, nous proposons un nouvel espace où lors de soirées à thème tous les participants pourront venir, écouter, partager, dialoguer, contredire, réfléchir, ou ne pas venir » ; ceci a existé dans notre ville depuis 2004 avec le comité d’initiatives.

    Je pense que ce nouveau mouvement est voué à l’échec et il serait bon que certains arrêtent de manipuler les bonnes âmes dans notre ville surtout utilisé les honnêtes femmes et hommes quand on en a seulement besoin.

    Des mouvements citoyens et des forces politiques existent déjà dans notre ville, pourquoi alors celui-ci? renforçons l’existant en rassemblant si tel est la volonté mais avec des personnes politiquement crédibles.

  3. Saint-Ouen est ancrée à Gauche , dites vous; OK , mais est-ce bien là le plus important dans l’analyse politique , tant c’est évident.
    Ce qui marque le plus à mon sens , c’est que cette union de la gauche audonienne ne cesse de produire des insatisfactions , des frustrations et des conflits , qui sont autant de freins dans l’exercise du mandat des élus des diverses sensibilités de l’équipe.
    J’ai tant entendu dire souvent ici et là , que ce qui les empêchait d’agir était l’égémonie et les blocages coutumiers du PC au sein et à la tête de l’équipe , (quand on n’évoqua pas son “Stalinisme”), que j’attends un signe fort de ces derniers pour prouver le contraire ; et ce depuis longtemps .
    La constitutions de la nouvelle équipe ne semble pas aller dans le sens d’un partage du pouvoir très novateur.
    Repenser la gauche à St-Ouen c’est avant tout remettre celà en cause . C’est aussi donner une partie du pouvoir aux mouvements citoyens , aux associations ,aux femmes et aux hommes de bonne volonté en les associant vraiment au débat , en les soutenant dans leurs initiatives , et non en les réunissant pour prendre la température et voir comment exploiter leurs idées, pour ensuite les renvoyer à leurs chères études quand ils veulent garder l’indépendance qui fait pour part leurs spécificités. On a vu par ailleurs quel traitement est réservé à ceux ( nest-ce pas Eric!) qui se montre trop ouvertement critique…D’autres , plus dociles , ont eu droit aux éloges et à des promotions (?) sans rapport avec le travail éffectué ; je parle par exemple de l’ancien élu à l’environnement R Fargeas , qui s’est retrouvé à la circulation .

  4. Merci P Daussat,

    Nous verrons bien la capacité du maire et de ses adjoints à partager ce pouvoir qu’ils perdront de toute façon aux prochaines élections sauf s’ils changent et adoptent un véritable esprit d’ouverture, à commencer dans le conseil municipal à l’égard de ceux qui ne pensent pas comme eux.

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